21. L’audit

A chaque alternance politique, le nouveau gouvernement demande à des magistrats de la Cour des comptes d’établir un état des finances. Combien reste-t-il dans les caisses de l’Etat, quelle somme est nécessaire pour éponger les dettes de l’exercice courant ? Est-ce qu’il manque des sous et pourquoi ? Reste-t-il assez d’argent pour honorer les promesses électorales et assurer les dépenses ordinaires déjà engagées ?

Au « moment » d’un héritage dans une famille, on accepte la succession « sous bénéfice d’inventaire ». De même, dans les circuits gouvernementaux, on fait des estimations, mais en fait, en politique, on ne peut pas refuser l’héritage . Les nouveaux dirigeants doivent gérer aussi bien la disette que l’abondance ; ils ont à se caler sur la réalité pour, d’une manière ou d’une autre, tenir leurs promesses et faire « tourner » l’état en vue du bien commun.

Il ne s’agit plus de dire :  » C’est la faute de nos prédécesseurs ». Il faut qu’ils fassent front à une situation difficile et s’engagent à créer l’avenir avec ce qu’ils ont reçu d’hier. Rien ne sert de récriminer ou de se plaindre. Les membres du gouvernement qui vient de sortir des urnes sont condamnés à l’action pour susciter des temps meilleurs. Lorsqu’ils se sont présentés au suffrage de leurs concitoyens, ils n’ignoraient sans doute pas la situation qu’ils allaient trouver et les difficultés qui les attendaient. Ils ont estimé qu’ils feraient mieux et qu’ils étaient compétents pour gérer la complexité de  » la chose publique ». A pied d’œuvre le peuple va reconnaître la compétence de l’artisan, il ne lui demande pas l’impossible, mais les meilleures solutions dans la conjoncture présente.

Cette situation de l’alternance est une vraie parabole. Que ce soit dans une famille, dans une commune, dans une université, dans une usine, dans une nation, que ce soit dans la vie civile, militaire ou religieuse, ceux qui aujourd’hui reçoivent le patrimoine du passé sont aussi les héritiers qui prennent les manettes pour conduire jusqu’à plus tard. C’est avec du passé qu’il faut gérer l’avenir. L’habileté, l’honnêteté, la persévérance, la clarté, l’effort, la solidarité, le travail, l’intuition, vont tomber dans le pétrin pour préparer le pain frais de demain.

Il faut se l’avouer et se le répéter sans cesse. Nul, dans la vie humaine, ne part de zéro . Avant d’infléchir une situation pour, si possible, l’améliorer, on devra tenir compte de l’héritage et de son environnement. Bien connaître la situation est un premier pas. Le second se trouve dans une brassée de lucidité et de courage.