Jeudi 20 juin 2002, à 21h, France 2 a passé en exclusivité un reportage sur la vie à L’Atelier durant les six semaine de la campagne électorale. Lionel Jospin et son équipe avait demandé à des journalistes de vivre avec eux les principales réunions des dirigeants socialistes qui se retrouvaient dans le « centre » de la préparation de l’élection présidentielle du 21 avril. Clinton en Amérique avait déjà eu cette idée, Giscard d’Estaing avait tenté en France une opération analogue.
« Envoyé spécial » semble avoir bien fait son travail et les responsables socialistes français ne se sont pas cachés, tout en sachant que ce qui se passait en dehors de L’Atelier ne faisait pas partie du reportage.Je ne désire pas raconter les deux heures de l’émission. Il me suffit pour le moment de résumer le sentiment durable qui m’habite après cette soirée-télé du 20 juin.
Le montage télévisuel laisse apparaître, dans les propos et sur les visages, d’abord l’euphorie, puis le sérieux du travail d’un grand nombre de conseillers. Suit la pugnacité d’un groupe qui se bat pour gagner. Des traces d’inquiétude surgissent. L’ennemi que l’on n’attendait pas sort du bois. « Et si on perdait »… « On a perdu »…
La caméra montre le cheminement d’une équipe partie pour gagner et qui, au lieu de la victoire, subit la défaite. Au milieu ce parcours une séquence-clef . Lionel Jospin dit à peu près à son équipe :
Ces propos ne sont pas verbatim, mais c’est le sens de l’intervention du candidat du parti socialiste à la présidence de la république, une dizaine de jours avant le premier tour.
La campagne est repartie de plus belle sans aucun défaitisme mais, aujourd’hui, on voit que la remarque de Jospin sonne juste. Il ne suffit pas d’être aidé, d’être conseillé, d’être encouragé, d’être soutenu, d’être porté. Il faut aussi du « silence » pour intérioriser le projet, le faire sien, le mettre au monde, après l’avoir porté dans ses tripes.
Oui, les conseillers, les amis, les militants, les meilleures organisations, sont nécessaires, mais tout cela n’est pas décisif. Il faut admettre que c’est la « foi » du responsable principal qui remporte la course.
J’ai lu ces six semaines du parti socialiste comme une parabole pleine de vérité. Elle crie que, sans l’essentiel, aucun projet n’arrive à la longue en pleine maturité.
Il est évident que ma relecture est « imbécile », c’est-à-dire d’une grande faiblesse. Je pense qu’il y a beaucoup de causes qui peuvent conduire, soit à un échec, soit à une victoire. Mais il convient de se souvenir que les meilleures organisations ne suffisent pas. L’intériorisation des convictions par le temps du silence achève le succès.
21 juin 2002
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