40 % des électeurs inscrits sur les rôles de la République n’ont pas voté le dimanche 16 juin 2002.
Cette constatation m’impressionne. Bien sûr, si on compare ce chiffre aux autres démocraties européennes et aux USA, l’effroi premier se relativise. Le pouvoir issu du peuple va-t-il désormais se contenter d’être choisi par plus ou moins 60 % des inscrits ? Suffit-il à la démocratie qu’un très grand nombre d’électeurs expriment leurs choix ? Faut-il renoncer à l’expression des suffrages de la quasi totalité des citoyens majeurs ? Je ne sais, mais il me semble que les abstentions volontaires ouvrent une plaie au flanc des régimes qui se veulent démocratiques.
En tous les cas, en France, je pense que ce refus de voter ne vient pas seulement d’un manque de citoyenneté. Il exprime sans doute des positions politiques vis-à-vis de la chose publique.
D’abord une résignation ? Pourquoi voter puisque les gouvernants de gauche ou de droite sont sourds ? Ils n’entendent pas les appels des démunis et ne font rien pour eux.
Ensuite un scepticisme. Nous sommes gouvernés par les grands groupes mondiaux de l’économie ou par les techniciens de l’Europe. Il est parfaitement inutile d’aller déposer un bulletin dans l’urne. Mon pauvre bulletin n’a pas de poids vis-à-vis des forces aveugles qui mènent de l’extérieur les Etats.
Peut être encore une acrimonie. « Les lois électorales ont été élaborées pour évincer les minorités. Comme de toutes façons les « extrêmes » ne seront pas représentées à l’Assemblée nationale, je reste chez moi et mon abstention devient une protestation active ». Le législateur risque d’avoir choisi le bipartisme comme le meilleur modèle républicain : une gauche et une droite qui alternent au pouvoir et les partis extrémistes n’ont aucune chance d’avoir un strapontin au Palais Bourbon. Si l’alternance est un des mécanismes de la démocratie, ce n’en est pas le seul. Il faudrait peut être ajouter un petit rouage de représentation pour que quelques députés des minorités puissent faire entendre leurs points de vue dans l’hémicycle.
A mon sens, l’abstention n’est pas qu’indifférence, paresse ou incivisme. Elle crie sans doute une protestation. La nouvelle majorité aurait tort ne pas l’entendre et de ne pas aménager la loi électorale.
18 juin 2002
Article précédent
19. Machine à produire de l’échec
Article suivant
17. Le cinquième tour