Fécondité
Je crois que pour un baptisé confessant : « Tout est grâce ».
L’expression de Saint Paul nous appelle à dépasser la normalité des situations par un prolongement de gratuité. Le pire des événements, la contradiction la plus sévère, l’échec le plus retentissant, la vie la plus dissolue, portent enfouis en eux-mêmes, comme tout ce qui est humain, le germe de la Résurrection. Il suffit, parfois dans des difficultés horribles et terribles de rejoindre ce « point vital » pour que, là où abondait l’abominable déshérence, « la grâce surabonde ».
Dans mon ministère à l’hôpital, puis en pastorale familiale, j’ai rencontré chez des personnes l’ignoble souffrance tellement aiguë qu’elle coupe le souffle. Le mal qui torture les corps, les cœurs et les consciences, sèche la parole. Le dialogue est impossible avec quelqu’un qui est tenaillé par le mal physique, psychologique, social, voire religieux.
Le souffrant est d’une certaine manière « honteux » d’avoir mal. Confusément, il se sent rejeté de la « norme » des bien-portants et des « heureux ». Il est submergé et écrasé par le fait « d’être injustement hors normalité ». À mon avis, c’est le drame de Job. Le discours verbeux de sa femme et de ses amis achève de l’emprisonner dans le désespoir.
Si jamais le « visiteur » peut risquer une seule parole, elle devra viser à faire sauter le verrou de la dégradation que ressent le souffrant. Cette parole ne sera peut-être pas un mot mais une présence, un regard, une écoute, un discret effleurement.
Si le « torturé » des souffrances humaines multiformes peut, au bord de son inconscient, percevoir qu’il n’est pas anormal, il pourra aller en lui-même jusqu’à un sursaut fécond. Sortir du sentiment de honte va, en effet, presque toujours vers une fécondité, c’est-à-dire vers une guérison. La plupart du temps la situation de douleurs intenses ne cesse pas, mais un éclair d’espoir repousse au loin la conscience d’avilissement que le « patient » avait de lui-même. À la limite, il peut mourir guéri ! Il est normal…
Il reçoit de la présence et du regard d’autrui la bonne nouvelle de sa normalité. Désenclavé de son angoisse, il peut librement s’ouvrir à la fécondité de renaître.
Si celui ou celle qui souffre se décrispe de lui-même, il consent alors à une autre solution pour contourner la fatalité qui l’enfermait. Il trouve ailleurs son épanouissement personnel et se réconcilie avec lui, pour d’une autre manière demeurer « grand ». C’est ce que j’appelle la fécondité dans les aléas du pèlerinage terrestre.
6 décembre 2008
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