Une vierge accordée en mariage
J’ai tellement parlé ou entendu parler de la Vierge Marie que je me suis habitué au terme. Il ne m’étonne plus et ne me choque plus. Et pourtant…
En 1986, dans notre pays culturellement marqué par la tradition chrétienne, le mot vierge est presque devenu un nom propre. Synonyme de Marie, Mère de Jésus, il perd sa signification banale. En lui donnant trop un sens de haute sainteté, on l’arrache peut-être à la signification simple et populaire pleine de force. Tout se passe comme si la virginité était hors de portée et donc n’avait plus cours. Alors, pourquoi la nommer ? Elle est trop au-delà et de ce fait trop infra ! Au dire de beaucoup, elle ne revêt plus d’importance. Parfois même on la tait, non par pudeur mais par honte… Ne serait-ce pas trop présomptueux ?
Dans un vaste public, on en ricane volontiers. Dans le meilleur cas, l’adjectif « vierge » met tellement à part une jeune femme qu’elle peut se croire un être exceptionnel, donc marginalisé, « taré » par une excessive vertu.
Je ne suis pas spécialiste du concile d’Éphèse (431), mais je sais que, depuis cette date, l’Église catholique applique à Marie ce qualificatif. Ce n’est sans doute pas à la légère ! Et les Pères conciliaires devaient avoir bien des raisons pour proclamer cette affirmation. Leur définition empruntait probablement un langage de l’époque : est vierge une jeune femme qui n’a pas connu sexuellement un homme.
Je ne désire pas partir en guerre contre notre décennie qui, par bien des aspects, en vaut beaucoup d’autres, mais je voudrais plaider au moins pour que la virginité ne soit plus considérée comme une « anomalie ». Il me semblerait bon qu’on la respecte comme un don de Dieu et comme une offrande par amour pour le mariage, pour la consécration religieuse, voire dans un célibat de plein exercice.
Pour moi, elle symbolise la « réserve », l’accès à une intimité personnelle, une intégrité qui demande à s’épanouir.
J’aime beaucoup notre époque parce qu’elle cherche des symboles fondateurs pour orienter une existence. J’estime que la virginité mériterait d’être reconsidérée. Si l’on osait en parler simplement et sans tabou, je suis certain que garçons et filles reconnaîtraient en elle un signe important à ne pas bafouer.
Je ne suis pas niais au point de penser que, sans elle, mariage ou consécration sont totalement dévalués. La réalité est tout autre. J’ai souvent constaté que tendresse et délicatesse divines ou humaines instauraient une nouvelle virginité. Mais, pour en comprendre la grandeur, il faut avoir estimé à sa juste valeur symbolique celle qui vient au monde avec chacun de nous.
Marie, toi que l’on vénère sous le vocable de vierge, ouvre notre intelligence et notre cœur à la grandeur d’une réalité simple et belle !
8 décembre 2005
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