Luc 4, 37

Réputation

Avec autorité, dans la synagogue de Capharnaüm, Jésus commanda à un démon ‘clairvoyant’. Il lui intima l’ordre de se taire, de sortir et de libérer celui qu’il possédait.

Les participants de cette scène furent à la fois étonnés, émerveillés et effrayés. Certainement, ils en parlèrent autour d’eux et firent dans toute la région la « réputation » de Jésus. À lire l’évangile de Luc qui ne précise pas, ce devait être la « bonne » et non la mauvaise « réputation ». Bref, comme dit le grec, l’affaire avait fait du bruit, la « renommée » prenait corps.

Artificiellement, je me suis arrêté à ce mot « réputation » ; je m’en suis d’abord demandé le sens puis, si dans le fond, la « réputation » n’était pas un préalable nécessaire à la proclamation de la Bonne Nouvelle.  Je m’explique.

Il me semble que la ‘réputation’ se construit d’elle-même par le « bouche à oreille ». Chacun dit à un proche dans une conversation : « J’ai vu de mes yeux et entendu de mes oreilles quelque chose (ou quelqu’un) d’extraordinaire… J’ai été témoin de quelque chose de peu banal… » Et il raconte ce qui l’a touché, ébranlé, fait réfléchir, conduit à la conversion. A son interlocuteur, il fait la « relation » et de l’événement et de la rencontre de la personne qui en a tenu le rôle principal.

Il lui confie sa perplexité, mais aussi son admiration, son émotion, son intérêt. Il a assisté à une ‘situation’ qui, à la relecture, l’a bouleversé et il ne peut garder pour lui seul le message de cette personne qui a ‘fait’ l’événement.

Dans le « bouche à oreille » entre deux personnes, il y a une sorte de connivence, de sympathie, de sentiment commun, de culture partagée, d’intimité sans apprêt.

Dans le « bouche  à oreille » existe un secret confié et partagé. Cette confidentialité porte en elle-même une « vibration » :

Dans le « bouche à oreille » se cache un brin de découverte importante qui peut bouleverser une vie.

Dans le « bouche à oreille » qui forge les « renommées » se faufile l’invitation : « Viens avec moi, tu verras et tu me diras ce que tu en penses. Ce qui m’a touché est si important que j’aimerais bien que tu me fasses part de ton sentiment quand tu auras connu celui que j’ai rencontré ».

Dans le « bouche à oreille », deux personnes

emploient des mots de même portée, de même signification, de même valeur :

Ainsi, en chacun des interlocuteurs, se dépose sans contrainte un germe de foi, une graine de moutarde, une once de levain…

Je crois que dans la vie des chrétiens, éparpillés dans le monde et quelquefois rassemblés entre eux pour l’offrande eucharistique ou l’aumône, il y a des ‘événements’ du même ordre que celui qui s’est produit dans la synagogue de Capharnaüm.

Ils sont sans doute plus intériorisés, moins spectaculaires, mais aussi profonds et aussi prégnants. Ils peuvent, de même, faire la renommée discrète du Ressuscité. Entre ceux qui partagent :

ce ne sont pas :

qui disent l’essentiel. Ils informent, et ce n’est pas rien, mais ils n’invitent pas à rencontrer celui qui a « Bonne Réputation » parce qu’il libère l’homme de tous ses enfermements et à se laisser ‘saisir’ par lui.