Luc 6, 42

Guidance : conversion commune

Depuis toujours, il y eut des plus anciens, des plus ‘avertis’ qui transmettaient ce que l’âge, l’expérience et la grâce leur avaient appris.

Depuis toujours il y eut des sages, des savants qui considéraient que leur science et leur sagesse ne leur appartenaient pas. Ils la mettaient gratuitement au service de tous. C’était un bien commun dans lequel chacun pouvait librement puiser.

Dans l’Ancien Testament, des patriarches, des sages, des prophètes, des ‘grands prêtres’ disaient «  tout haut » ce que Dieu leur avait dit à l’oreille et leur avait mis au fond du coeur. Ce qu’ils avaient perçu dans une vision ou entendu dans la nuée devenait un « bien » du peuple.

Dans le nouveau Testament, d’abord Jean le baptiste, puis les Douze, les soixante douze, les Saintes Femmes,  les évangélistes : Luc et Marc, Paul de Tarse, Etienne le diacre, Corneille, Barnabé, Apollos, Timothée, Tite, Priscille, Lydie, Sillas, Phébée, furent les témoins du « plein vent ».

Puis il y eut au cours des siècles les Pères de l’Église qui prêchaient et conseillaient, les Ermites que l’on venait consulter, les géants de la Foi Benoit, Bernard, François, Dominique, Gertrude, Hadewijch, Tauler, Eckart, Thérèse d’Avila, Jean de la Croix, Ignace de Loyola, François de Sales, et Jeanne de Chantal, Bérulle et tous ceux et celles, de l’école Française de Spiritualité, Madame Guyon, Jean Marie Vianney, Madame Swetchine, Antoine Chevrier, Don Bosco, Zundel, Helder Camara et tant d’autres (hommes ou femmes, laïcs, clercs ou religieux) qui après eux « guidèrent » des hommes et les femmes de leur temps en se convertissant eux-mêmes à l’Évangile et en se laissant guider par le dénuement spirituel de l’écoute et du dialogue.

Ils priaient et adoraient.

Ils puisaient à plein cœur dans la Parole de Dieu.

Ils écoutaient et recevaient de ceux qu’ils guidaient, le message d’amour qui les transformait. Ils vivaient de réciprocité.

Ils parlaient dans un langage simple et adapté des merveilles de la Bonne nouvelle.

Ils offraient chaque jour ceux et celles qui croisaient leur vie et se confiaient à eux.

Ils étudiaient, lisaient, écrivaient, obéissaient.

Ils mendiaient auprès du Seigneur, le pardon, la miséricorde, la pauvreté, l’humilité.

Ils se dégageaient du pouvoir, de l’argent, de la puissance et s’efforçaient d’être de pauvres serviteurs et se savaient aussi bien utiles qu’inutiles.

Ils s’efforçaient de renoncer à tout esprit de possession.

Ils n’étaient pas pressés, ils étaient disponibles, ils attendaient. La patience fécondait en eux, l’avenir.

Ils osaient inventer et leur bonté exigeait tendrement de chacun les pas de son accomplissement. Leur discernement ajustait la juste mesure de ce qu’ils pouvaient demander.

Ils correspondaient et avec leurs correspondants devenaient responsables.

Ils faisaient confiance à L’Esprit Saint et à ceux et celles  avec lesquels ils s’entretenaient. À partir de leurs paroles ils recevaient la Parole.

Ils envoyaient en mission et eux aussi portaient de cette façon témoignage de leur foi.

Je crois que la « guidance » ne se réalise pleinement qu’à l’intérieur d’une démarche de foi commune en Christ Ressuscité. Fondée sur une confiance réciproque et une humilité partagée, elle est du domaine de l’alliance discrète qui ouvre des chemins en des « pays » inexplorés. Elle ne s’épuise pas dans le soutien et le confort spirituel, elle prépare dans l’espérance, l’incertain pèlerinage de demain. Elle est de l’ordre de la mystique et non pas de la pastorale.