Matthieu 9, 14-15

24 février 2012

Jeûner attise l’appétit de Dieu. Se désencombrer des bagages trop lourds facilite la marche. L’une et l’autre pratiques préparent en nous la célébration de Pâques. Jeûner et donner sont une décision de chacun dans un peuple épris de liberté.

12 février 2013

Je crois que « jeûner » ou «  faire pénitence » dans notre temps, c’est oser ne pas tricher avec la réalité humaine mais la vivre dans un partenariat. C’est l’affronter les mains nues, sans illusion, sans désespérance dans tout ce qu’elle a d’aspects individuels et collectifs. C’est en faire sa complice… Si elle est simplement rétive : tenter de la rendre paisible et juste pour avec d’autres ou tout seul, travailler à la modifier ; si elle est inexorable et calamiteuse, s’efforcer de l’offrir pour la vivre librement, non seulement sans se laisser écraser, mais en l’utilisant comme un tremplin d’amour. Croix de Jésus, portique de Résurrection.

7 mars 2014

En lisant les versets de Saint Matthieu que la liturgie nous propose aujourd’hui, j’ai cru comprendre que, si l’on veut suivre vraiment le Christ, nul ne peut se passer de faire pénitence. Mais la pénitence change de forme selon les époques et selon les cultures. Cela me semble vouloir dire qu’il faut relativiser les pratiques, mais fondamentalement s’efforcer de vivre avec le Christ l’amplitude de son mystère de l’Incarnation. A mon sens, la pénitence est un moyen d’aller puiser au très profond du réel l’Eau Vive qui jaillit en Vie Eternelle. Il s’agit de fouiller profond avec obstination. C’est un vrai labeur ascétique. C’est une vraie pénitence de fidélité que de se confronter au réel pour découvrir ce qu’il cache et contient afin de l’offrir en un bouquet de Résurrection.

20 février 2015

Il ne s’agit pas d’inventer des pénitences mais de vivre en profonde communion avec le Ressuscité qui nous donne son Esprit pour assumer la précarité heureuse ou malheureuse du tragique de notre existence. Il suffit d’être intime du Christ et de chercher ce qui est le meilleur aujourd’hui pour vivre de la bonté de Dieu en nous et entre nous. Cette fidélité attentive est oblation.

12 février 2016

Dans la vie de foi, l’union au Christ Ressuscité est première. En lui, les baptisés naissent et renaissent sans cesse d’en haut. Pour tous ceux et celles qui se reconnaissent invités aux noces du Christ et de la Terre, tous les rites religieux prennent sens et profondeur. C’est par la foi en l’Incarnation que les pratiques de la religion chrétienne trouvent pleine signification et efficacité. Les communautés de baptisés ont l’obligation de se le rappeler les uns aux autres.

3 mars 2017

Les disciples de Jean le Baptiste interpellent Jésus. Ils s’étonnent. Pourquoi eux et les pharisiens jeûnent-ils alors que ceux qui marchent avec Lui ne jeûnent pas ? La réponse du Christ, telle qu’elle est rapportée dans l’Evangile de Matthieu, fait sans doute allusion à des controverses qui datent du moment où a été rédigé le texte vers les années 80. Pour nous, aujourd’hui, il est bon de nous examiner pour regarder avec droiture ce qui « comble » nos vies. Les pratiques tracassières des exercices religieux suffisent-elles à colmater notre désir de vivre le Sermon sur la Montagne, ou faut-il chercher dans la vraie pauvreté du cœur la faim qui n’est jamais assez rassasié de l’intimité du Christ ?

16 février 2018

«  Le vin nouveau ». Le vin nouveau n’est pas le meilleur vin. Mais si on en prend soin et qu’on lui laisse le temps de bien vieillir dans une cave adaptée et de prendre du bouquet, alors le ‘vin nouveau’ devient du vin vieux au goût fameux et à l’énergie festive. Malheureusement, ce ne sont pas tous les vins nouveaux qui peuvent bien vieillir. Certains sont ‘insuffisants’ pour affronter le temps et devenir un régal pour les convives. D’autres, privés d’attention délicates et avisées, ont tourné à l’aigre, ont fait sauter le bouchon et se sont répandus et perdus. Ainsi en est-il des personnes et des institutions civiles ou religieuses qui manquent d’attention et de prévenance. Pour bien des raisons, elles n’affrontent pas le temps et ne savent prendre de l’âge.

28 février 2020

Une grande foule a suivi Jésus jusqu’à un endroit désert pour l’écouter. Sa parole retentit ‘loin de tout’. Pas besoin de « sécurité » religieuse et habituelle. Jésus prêche du nouveau dans le désert. Pour l’’écouter et l’entendre, il faut oser rompre avec le train-train quotidien souvent sécurisant et se décider à « partir » vers un bouleversement total. Le jeûne est nouveau, l’appétit sans limite, La Parole de Jésus est une nourriture nouvelle qui donne faim d’attitudes sans limite. On peut manger à la cantine ; la faim et d’un autre ordre.

19 février 2021

Les disciples de Jésus ne sont pas entortillés dans une règle. Si pour être plus près du Christ et meilleur serviteur des hommes et des femmes de son temps, le jeûne est un moyen évident pour les rendre disponibles, alors ils jeûneront. Se priver de nourriture peut en effet aiguiser l’appétit de « bien faire » et ouvrir à la contemplation et au service. Alors apprenons à modérer alimentation et boisson pour nous rendre attentifs à la vie sociale. Il est généreux de se tirer de la torpeur de l’excès et de la gourmandise qui n’est souvent qu’un repli sur soi.  Et puis l’argent ainsi économisé peut devenir aumône. Suivre ce que l’on a découvert dans une loi d’amour n’a rien à voir avec rafistoler des vieux vêtements avec une pièce neuve. C’est toujours du tout neuf qu’il faut utiliser.