Jean 18, 1 – 19, 42

6 avril 2012

Au bout de la vie, arrive un moment où la tapisserie du temps et de l’histoire se replie. Sera-t-elle transmise et offerte ? Puissions-nous dire avec Jésus : « Tout est accompli ». Mais si jamais nous n’avons pas tout achevé, je crois que Christ complétera ce qui manque et nous introduira comblés d’amour et de miséricorde dans la contemplation trinitaire.

2 mars 2013

Jésus répondit au grand-prêtre : « Ce que j’ai dit, demande-le à ceux qui sont venus m’entendre ». C’est toujours vrai. Les baptisés qui, chaque jour, écoutent, entendent, pratiquent seuls et avec d’autres la Parole, sont « disponibles » pour non seulement expliquer en langage clair la doctrine d’amour du Christ, mais aussi pour proclamer à partir de leur vie la « Bonne Nouvelle » de  la  foi qu’ils portent en eux comme un trésor plein de lumière.

18 avril 2014

Quand on lit le texte de Jean qui raconte l’arrestation, les interrogatoires, les humiliations, la crucifixion, la mort de Jésus, on croise une foule de personnages. Beaucoup sont peureux et lâches. Peu sont courageux. Muets, ils n’agissent en fait que lorsque le drame est clos ou sur le point de se clore. Joseph, Nicodème, donnent une sépulture digne à un mort. Les Trois Marie et Jean sont silencieux ; ils recueillent les dernières paroles du crucifié. Où sont donc les disciples ? Où sont donc les malades guéris, les possédés libérés, les morts réanimés ? Les personnes se taisent, la foule braille, les soldats font leur boulot. Tragique.

3 avril 2015

Leur aveuglement est total, la perfidie dévoie leur cœur, leur haine jalouse les empoigne jusqu’au plus profond d’eux-mêmes. Les grands prêtres qui aiment la loi, les pharisiens qui sont des sortes d’ascètes en arrivent à dire à Pilate : « Nous n’avons pas d’autre roi que l’empereur ». Le blasphème public condamne Jésus. Il s’ajoute à ce rejet sordide, la peur carriériste du procurateur romain. Alors Pilate leur livra Jésus pour qu’il soit crucifié.

25 mars 2016

Le grand prêtre interroge Jésus sur son enseignement. Jésus répond : « J’ai parlé au Monde « ouvertement » ; si tu veux en savoir plus, demande à ceux qui m’ont écouté ». Il en est encore ainsi. C’est tous les jours, dans leur langue, par leur manière d’agir dans la culture d’aujourd’hui, que les baptisés expliquent au monde ce que Jésus a enseigné et ce qu’il enseigne présentement. L’enseignement du Christ ne se connait vraiment que par la Parole et l’Action de ceux et de celles qui écoutent Jésus et marchent à sa suite. L’Esprit leur délie la langue et leur ouvre le cœur.

14 avril 2017

Se moquer de l’homme, lui infliger une couronne d’épine, l’habiller de dérisoire, c’est déjà le réduire au point de le tuer. Enlever à un humain sa dignité d’homme, de femme, adultes ou enfants, revient à en faire un objet prêt à jeter. Généralement, on n’ose pas tuer un semblable. Alors, avant, on le dénature d’une manière ou d’une autre. Avant de le massacrer, on l’amoindrit, on le dépouille de toute dignité. La vie ordinaire sans égard, les bavardages incongrus, les méchancetés pernicieuses, les réputations mensongères sont déjà des condamnations à mort. Il faut faire attention : les écrans d’ordinateur ou de télévision ne sont pas des prétoires.

30 mars 2018

« Jésus dit : je n’ai jamais parlé en cachette ». Devant le grand prêtre qui l’interroge, Jésus s’étonne des questions qui lui sont posées. Il a toujours parlé en public. C’est à ceux et celles qui l’ont écouté et entendu qu’il faut poser des questions. C’est le peuple qui doit témoigner et révéler à tous de ce qu’il a retenu du message de Jésus. Depuis deux-mille ans Jésus est en procès dans le monde. La salle d’audience est aussi vaste que l’univers. Beaucoup cherchent à le connaître. Le Verbe se tait. Les baptisés sont tous appelés à expliciter avec leurs mots et par les symboles d’aujourd’hui les relations qu’ils entretiennent avec la personne du Christ? ami des humains et semeur de liberté. Mais, en fait, beaucoup sont muets ou disent comme Pierre : « Je ne connais pas cet homme ».

19 avril 2019

Chaque verset de la Passion selon Saint Jean appelle une adoration profonde et un commentaire qu’aucune parole n’épuisera jamais puisqu’il s’agit du Verbe. Arbitrairement, je choisis les paroles de Pilate qui montre Jésus couronné d’épines et vêtu de dérision. Il dit : « Voici l’homme ! ». Il ajoutera  plus tard : « Vais-je crucifier votre roi ? ». Ces deux bouts de phrase laissent entendre que la condition humaine, loin d’être surhumaine (!), est à  la fois burlesque et somptueuse. Elle est humble et dangereuse ‘contradiction’ mais aussi, en même temps, d’une dignité première dans un royaume sans faste.

10 avril 2020

Les grands prêtres répondirent à Pilate : « Nous n’avons pas d’autre roi que l’empereur ». Cette réponse est juste, mais ce n’est qu’une excuse pour se débarrasser de Jésus qu’ils jugent dangereux pour eux-mêmes et ce qu’ils prêchent. Ce faux dialogue entre le gouverneur romain et les grands prêtres n’est qu’une subtilité à la limite du mensonge. La foule avait braillé : « A mort ! Crucifie-le ! » Pilate ne voulait pas d’ennui avec ce peuple changeant et rebelle. Il avait peur pour sa carrière de procurateur. Tous à des degrés différents sont contre Jésus. Le Christ est vaincu, il est traité comme un malfaiteur. Il offre. Sa ‘revanche’ sera le pardon et la résurrection.

2 avril 2021

«  Inclinant la tête, il remit l’esprit ». Il regarde la terre qu’il a tant aimée. Il rend compte de sa mission, puis remet son esprit. Je suis de ceux qui croient que Jésus quitta, à ce moment-là, le ‘temps’ pour rejoindre l’éternité. Il transforma la croix du supplice en Croix Glorieuse. Les heures qui suivirent, les aromates de Nicodème, le tombeau dans le roc, la pierre roulée, la schekinah des anges, ne sont que la proclamation dans la durée, de la majesté du mystère. Nous avons besoin du temps pour approcher l’instant de Dieu qui n’est qu’amour depuis toujours à toujours.