6 ans de séminaire et 5 ans de prêtre en paroisse (1947-1958)

Le séminaire de Philosophie et le séminaire de Théologie m’ont appris la vie commune, m’ont ouvert au travail intellectuel, m’ont donné le goût de lire et d’écrire mais, surtout, m’ont heureusement initié à la vie spirituelle par la réflexion, la démarche contemplative, la vie sacramentelle et liturgique. Pendant les six ans, je me suis fait des amis qui seront prêtres comme moi dans le Diocèse de Lyon. Dans mon année, nous étions 48 !

Quelques semaines avant l’ordination presbytérale, le Cardinal Gerlier reçut chacun des ordinants pour faire connaissance et leur demander leurs souhaits pastoraux pour leur premier poste. Il fut convenu que tout en étant surveillant à Leidrade, je continuerai des études de théologie à la Catho afin de me préparer à être éventuellement professeur de séminaire.

En 1948, mort de Marc ; il avait 28 ans.

En 1954, mort de maman à 64 ans.

À la fin de l’année 1953, je devins deuxième vicaire à plein temps de la paroisse de Bellecombe, rue d’Inkerman à Lyon, 6ème arrondissement. Le diocèse de Grenoble commençait de l’autre côté de la rue des Charmettes, à 30 mètres de l’église.

Je « tombe » en pleine institutions chrétiennes, vivantes et fertiles, dans un quartier de commerçants, d’ouvriers spécialisés et d’artisans. École libre de filles, École libre de garçons, plantureuses et de haut niveau. Les parents sont très heureux de l’enseignement de qualité des frères maristes et des demoiselles sans doute pour quelques-unes « filles » de Saint François de Sales.

Cinéma paroissial, centre social, patronage, cercles des hommes avec jeux de boules, et une grande salle pour un comptoir, et tables pour les joueurs de belotes. Le Dimanche à 9 heures : une messe spécialement réservée aux hommes.

Dans ce milieu très dévoué à la paroisse, mon collègue vicaire René Fressenon et moi fondons des équipes de JOC (Jeunesse ouvrière chrétienne), d’ACO (Action catholique ouvrière), d’ACI (Action catholique des milieux indépendants), une troupe « scout de France » et une compagnie de guides.

Nous rénovons la manière de faire le catéchisme selon la méthode que le Père Collomb nous a apprise. Jean Vimord nous aide.

Par ailleurs, les deux vicaires de cette paroisse étaient en même temps deux aumôniers de l’Hôpital-Ecole des Charmettes. Cet établissement chirurgical était tenu par la Croix Rouge Française.

Ce ministère influença une grande partie de ma vie. C’est là en effet que j’ai découvert qu’un hôpital n’était pas qu’un lieu d’accueil des malades. Son bon fonctionnement thérapeutique dépendait non seulement d’une compétence professionnelle vérifiée mais aussi – et peut être surtout – de l’excellence des équipes soignantes qui prenaient soin de chacune et de toutes les personnes souffrantes hospitalisées. Médecins, cadres, infirmiers, stagiaires et tout le personnel sans exception, vivaient et coordonnaient leur diligence pour le bien des malades. Une culture de connivence et de réciprocité favorisait la guérison ou exceptionnellement le bien-mourir.

Dans cette ambiance, j’ai compris que la formation des étudiants réclamait une attention spéciale à laquelle devaient veiller non seulement l’Etat mais toutes les forces vives de la nation. Alors j’ai créé parmi eux des groupes de réflexion. Ce ministère d’aumônerie hospitalière, je l’ai exercé jusqu’en 1958.

J’ai quitté Bellecombe au bout de deux années ; mes supérieurs se sont souvenus que je devais faire des études théologiques à la Catho de Lyon. Je fus nommé « vicaire étudiant » à Saint Joseph des Brotteaux, rue Sully, Lyon 6ème arrondissement où le Curé Maurice Duclos et ses trois vicaires m’accueillirent avec une grande et affectueuse fraternité. Je restais aumônier de l’Hôpital-Ecole. À Saint Joseph, Monsieur le Curé me demanda de rester disponible au confessionnal, 8 à 10 heures par semaine. À la Catho, je suivais les cours de Chavasse, d’Albert Gelin et d’autres professeurs de haut niveau. Mon intellect y trouvait son compte, mais mon cœur ne suivait pas.

Auto-biographie

23 août 2024