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Lorsque les abricots mûrissaient, ma mère, le dimanche, faisait une tarte qu’elle partageait en huit alors que nous étions sept ! Sans doute à l’intention d’une voisine âgée. C’était son secret. Elle faisait « des parts » aussi égales que possible. Elle divisait le ‘gâteau’ et donnait à chacun ce qui lui revenait. C’est ainsi que tout enfant, j’ai vu « partager » !

Depuis, j’ai compris que l’on ne pouvait pas être humain et a fortiori chrétien sans partager et que la huitième part ne regardait que ma Mère qui ‘donnait’ et ‘distribuait’ ce qu’elle avait pétri et façonné.

Cet exemple simplet m’a marqué. La réflexion, la vie et aussi nombre de personnes m’ont appris et convaincu que  l’on ne possède pas que pour soi.  Nous sommes peuple et chargés de ‘mutualiser’, selon notre jugement, la justice et notre cœur. Donner est essentiel. Il faut toujours partager, même dans l’indigence. Il faut voir plus loin que le ‘surplus de mon avoir’ que je donne sans peine ; je n’en ai pas besoin, je m’en détache facilement. C’est trop simple pour être véritable !

Je ne suis pas obligé de donner tout ce je possède honnêtement, mais je suis invité à distribuer ce qui me semble nécessaire et efficace sans pour autant me réduire en pauvre hère, ni nuire aux miens en bas-âge.

Sur ce chemin où abandon, discernement et générosité se rencontrent, établir un jugement sain et proportionné suppose un débat entre personnes de confiance. Autrui peut apporter sa lumière sans nuire à ma liberté.

J’ajoute à mon propos de ce matin la démarche de ceux et de celles qui font vœu de pauvreté dans un institut religieux ou laïc. En choisissant ce genre de vie par conviction personnelle, ils ou elles sont aussi des signes nécessaires à notre société encline aux gavages.

Notons encore que partager ne concerne pas les seuls biens matériels. Ce que je suis devenu aujourd’hui appartient d’une certaine manière à tous ceux et celles qui m’entourent. Ils ont des droits sur mon savoir, mes compétences et par-dessus tout, mon sourire : « Non, vous ne me dérangez pas, vous me rendez service ».