Gaspiller

En choisissant aujourd’hui, le verbe « gaspiller », je ne savais pas que j’entrais dans une des tristes échoppes où se trafiquent les sous-produits de la liberté humaine. Ici, tout s’achète sans discernement ; en contrepartie, tout se jette selon une ‘fantaisie’ affolée. J’ai pénétré dans le temple du gâchis et de la raison déraisonnable. On y était accueilli par « mauvais-escient ». Ici régnaient  « le chaos » et son épouse « la pagaille ».

J’ai voulu mieux comprendre cette confusion. Ce me fut impossible. Je me suis sauvé à toutes jambes ‘jurant mais un peu tard qu’on ne m’y prendrait plus’ (La Fontaine).

Revenu de ce désordre général, j’ai tenté de réfléchir. J’ai constaté que le spectacle de l’arrière-boutique existait dans la vie quotidienne de beaucoup d’hommes et de femmes. Je suis parmi eux, aussi minable qu’eux.

Je gaspille du temps, de l’argent, de la nourriture, des livres, de l’eau, de l’électricité et, peut-être même, de la relation humaine qui m’est pourtant si chère. L’âge sans doute ajoute à cette dilapidation à peine contrôlée.

Ne vivre principalement que le moment présent favorise un brin d’anarchie dans les comptes, les achats, la gestion du courrier. Il me semble qu’un certain gaspillage s’infiltre : les produits se périment à l’abri du frigo et rejoignent bientôt la poubelle.

Plus on vieillit, plus on fait de provisions ; la peur de manquer joue des tours jusque dans le rayon réservée à la pharmacie. Mon amie la pharmacienne vient mettre de l’ordre et repart avec les produits qui ont perdu leur efficacité.

Vivre ‘au large’, sans confinement ni restrictions exagérées, permet une ouverture sur le moment présent du monde. Là, il est difficile (même sans mauvaise intention) de ne se fier qu’à la raison raisonnable. Il faut lui adjoindre une forte dose de l’amour du prochain et de la société.