Débordement

Peut-être le « débordement » n’est-il qu’une impression à clarifier ou un pli psychologique propre à ceux et celles qui n’ont rien à faire de précis. Sans charge familiale, professionnelle ou ministérielle, ils se trouvent face à ce qu’ils décident eux-mêmes. N’ayant de compte à rendre à personne, il leur suffit de ne pas s’enfermer dans des exigences hors de leur portée qui les malmènent et rongent leur sommeil.

Mais, au fond, que signifie ‘déborder’, ‘débordé’ ou ‘débordement’ ? Le premier sens que je retiens s’écrit « submergé » auquel, pour moi, se rajoute le sentiment de « courir » après le temps. J’ai l’impression d’être dérangé par l’imprévu qui n’est pas inscrit dans le cadre réglementaire que je me suis forgé et cela me contrarie et me fatigue.

Il se peut qu’en vieillissant, on n’ait plus les moyens de répondre à ses propres exigences. Le capitaine, jeté par-dessus bord, ne flèche plus la direction du bateau. Il est dans l’incapacité de donner le cap à celui ou à celle qui tient le ‘gouvernail’. Au bord de la noyade dans l’eau glacée, sa voix s’étouffe et ne compte plus.

Jadis, ce « capitaine » avait sans doute connu d’autres débordements : ceux du bonheur de vivre à plein, de la vie responsable, des hautes perspectives spirituelles ou intellectuelles. Maintenant, tombé du bateau, il ne peut plus rien sauf se débattre dans son gilet de sauvetage. Peut-être qu’une chaloupe viendra à son secours et le conduira à un rivage, jadis soupçonné mais réellement inconnu. Là, le débordement n’est plus une catastrophe. Il devient bonheur, accomplissement bienheureux, une sorte d’inondation de paix et de repos.

Ce matin, je n’étais pas parti pour écrire un conte ou une parabole. Je ne regrette pas. Cette bifurcation insolite me donne l’occasion d’ouvrir une fenêtre sur un paysage à contempler.