La messe à Gandolière

J’ai toujours essayé de rendre audibles les prières et l’action de grâce Eucharistiques. Jusqu’à la fin du concile Vatican II, je célébrais en latin mais je m’efforçais de parler à voix haute pour signifier que toute la communauté présente était associée à la louange et à l’action de grâce. Les deux premiers curés qui m’avaient comme vicaire m’ont gentiment fait remarquer mon dévoiement par rapport à la rubrique. Le Concile ouvrit la célébration eucharistique à la langue du pays et à la concélébration. La direction des œuvres où le cardinal Gerlier m’avait nommé changea l’ordonnancement de la chapelle pour que nous célébrions ensemble, mais il n’y avait pas de place pour un public ! Souvent je célébrais à Fourvière dans une chapelle latérale. Il y avait quelques personnes qui s’approchaient.

Puis il y eut les trente ans de logement rue Bullukian. Le matin je célébrais souvent seul mais en communion non plus avec un peuple anonyme mais avec des personnes que j’avais rencontrées les heures précédentes.

C’est à cette époque que j’appris à dire la messe chez quelqu’un entouré de sa communauté. Très souvent nous célébrions « le repas du Seigneur » à la fin d’une réunion. En utilisant la plus belle vaisselle, en débouchant une bouteille de vin et en prenant le pain quotidien. Après avoir sollicité le pardon du Seigneur, nous commentions ensemble les textes du jour, j’inventais une préface et nous entrions dans le dernier Repas de Jésus avec les douze apôtres. N’intervenaient à nouveau les participants qu’aux mémentos des vivants et des morts, au Pater, à la communion de la Paix et du Corps du Christ. Tous mangeaient et buvaient le Corps et le sang du Christ. Celui ou celle qui ne se sentait pas prêt pour la communion s’abstenait et faisait passer à son voisin de table. La célébration proprement dite se poursuivait par une simple collation où couraient les nouvelles du peuple dont tous, d’une manière ou d’une autre, se reconnaissaient solidaires et acteurs dans la laïcité.

A mon arrivée rue Gandolière, Mère Aude me demanda de célébrer à 7 heures pour les religieuses qui suivaient des cours à la fac catho. Se joignaient à nous quelques personnes du Foyer logement et quelques  « voisins » du quartier. En six à huit lignes je commençais la célébration par un commentaire de l’Évangile. Imploration du pardon, absolution, lectures, préparation des offrandes, Préface, Prière Eucharistique, Pater, Communion, Ite Missa Est. Pas plus de 25 minutes

Puis il y eut mon accident. Après 5 mois d’hôpital, je reviens délabré, j’ai besoin d’aide pour ma toilette et m’habiller.

Un peu rétabli, j’ai choisi de retourner à la chapelle, non pour célébrer mais pour être au milieu d’un peuple. Privilège : je communie sous les deux espèces.

Mais je suis devenu sourd. Mes collègues débordent de paroles que je n’entends pas. Je somnole mais je suis là !!!

J’ai la piété courte…le temps n’arrange rien à l’affaire mais la complique.