Rien et tout

Journée à Saint-Marcel…

J’étais chez Paul et Françoise et je n’ai rien fait. Mais rien du tout !

Fauteuil devant un feu de bois, revues parcourues d’un œil distrait, propos amicaux pleins d’affection.

Promenades pour se promener.

Scrabble pour jouer.

Le tout, ponctué de repas, de boissons…

Enfin, une journée extraordinaire qui existait sans rien. Le seul support de ces jours, ce n’est pas la distraction ; c’est la présence des autres !

On n’a rien besoin de faire. Il suffit de se laisser exister. Dieu que c’est charmant !

Je suppose que beaucoup connaissent ces joies modestes mais terriblement profondes, qui ne laissent pas un goût amer d’une fête bruyante qui n’a rien rempli du tout !

Un temps pour ne rien faire est sans doute le suprême cadeau. Il introduit en nous le goût du gratuit, de l’inefficace, de la poésie, voire d’une certaine contemplation. Il fait varier, pour nous, ce que la société industrielle appelle « le rendement ».

J’ai bien conscience que c’est un luxe énorme de pouvoir exister au milieu d’amis !

Naguère (1978)

3 mai 1978