31. Europe

Merci aux Irlandais ! Ils n’ont pas bloqué le prochain développement de l’Europe. Le traité de Nice servira de cadre pour que les dix nouveaux partenaires entrent dans le club des quinze Pères Fondateurs.

Mais la réponse positive des Irlandais ne rend peut-être pas service à la construction politique de notre vieux continent. On peut se demander à juste titre quelles sont les nations et les états qui sont prêts à se rassembler pour ne constituer qu’une seule entité. Les quinze cherchent sans complexe leur propre intérêt et hésitent encore sur l’adoption de toute la règle du jeu. Les dix candidats qui frappent à la porte portent en eux des contradictions entre les gouvernants et les peuples.

Le traité de Nice n’est pas assez précis pour que les nouveaux avancent résolument et la commission présidée par Valery Giscard d’Estaing n’a pas encore rendu sa copie. Quelques mois sont encore nécessaires. Les éléments d’une constitution politiques ne sont pas organisés comme un « tout » cohérent à prendre ou à laisser. Le flou actuel risque de conduire à une pagaille énorme et durable. Idéalement l’inachèvement du projet pourrait permettre que les « demandeurs » participent à l’articulation réussie des vingt-cinq mais, à mon sens, en l’état des choses, l’imprécision trop grande ne favorise ni débat, ni amendement. Elle peut conduire à un cafouillage monstre, source de conflits. L’entassement de pays aux intérêts divers et divergents peut échauffer les rancœurs et compromettre l’avenir.

Il est clair pourtant que les pays de l’Est qui sortent de la domination soviétique et qui sont parfois tentés par un retour à un communisme rassurant ont besoin d’être accueillis assez rapidement pour échapper aux sirènes du passé et prendre un nouvel essor au sein d’une Europe forte et résolue. Tout en mesurant cet enjeu, je suis partisan de temporiser un an ou deux, plutôt que de tomber dans l’irrésolution décevante. S’il faut tout faire pour éviter que les pays situés à l’Est ne se dirigent pas vers la fédération « tsarine » que la Russie prépare, il faut aussi tout faire pour que la proposition des quinze soit claire, généreuse et alléchante.

Il est important de noter que les nations de l’Est et des Balkans se sont culturellement structurées à partir du christianisme. Ces peuples vivent des valeurs et ont des références analogues aux nations de l’Ouest du continent. Nous ne faisons qu’un en pensée, nos distances viennent des vicissitudes de l’Histoire. Il est tentant de réunir en une seule fédération ou confédération (selon !) des populations qui vivent à l’unisson.

Le référendum Irlandais nous oblige à chercher des moyens forts et à les mettre en œuvre rapidement pour organiser l’Europe, d’abord des vingt-cinq, puis des vingt sept. Je n’ai pas le sentiment que cela préoccupe beaucoup, chaque jour, les uns et les autres. Il me semble que les discussions franco-françaises mangent nos réflexions actuelles. Il ne faudrait pas perdre de vue l’édification d’une Europe forte et généreuse qui pourrait contribuer efficacement à l’équilibre de la paix dans le monde.