Luc 2, 51

Jésus me présente à sa Mère

Décidément, je fais tout à l’envers ! Le cardinal Gerlier m’avait appris que, pour aller à Jésus, il était excellent de passer par Marie. Me croirez-vous ? C’est Jésus qui m’a appris à connaître et à aimer Marie !

Oui, c’est le Jésus de l’Évangile qui m’a fait partager son affection pour sa mère. Il est vrai qu’elle avait beaucoup d’affection pour lui. Il me l’a présentée…

Dès sa conception, elle l’a porté comme un don de Dieu, une promesse, une alliance qui la dépassait totalement. Elle avait compris que l’enfant deviendrait grand en Israël et dans le monde.

Elle avait raconté à son fils que les débuts du couple avaient été difficiles. Heureusement qu’elle pouvait compter sur son mari, Joseph. Un vrai juste, un discret, un homme efficace, qui trouvait toujours les bonnes solutions, au bon moment. Il les mettait en œuvre avec ténacité, sans en tirer orgueil.

Elle parlait aussi volontiers de sa cousine Élisabeth. Quoique plus âgée qu’elle, elle l’aimait bien. Elles se racontaient leur joie d’être enceintes. Elles priaient ensemble et évoquaient la fidélité de Dieu pour son peuple.

Après la naissance tumultueuse de Jésus-Emmanuel, après les tracas administratifs qui les avaient jetés sur les chemins, elle et son époux étaient venus habiter un petit village. Comme tous les gens du pays, ils accomplissaient les rites : purification, présentation, pèlerinage à Jérusalem.

Jésus m’a fait comprendre que déjà, à cette époque, des paroles et des gestes étranges inquiétaient ses parents. Des anciens prophétisaient de drôles de choses à son endroit. Tout cela créait à la fois stupeur et ferveur. Mais, à la longue, tout s’était calmé. La famille s’épanouissait sans bruit. Elle vivait heureuse et cachée.

Un jour, Jésus s’en souvenait fort bien. Il fut invité à une noce. Sa mère faisait aussi  partie de la fête. Attentive aux détails, elle remarqua que la réception risquait d’être gâchée par une imprévoyance du maître de maison. Par délicatesse, elle poussa son fils à se servir de sa puissance pour sauver le bonhomme du mépris et peut-être de la honte. Jésus était tout surpris d’avoir ce « talent ». C’est sa mère qui lui apprit donc le secret de la « force » qui lui venait de Dieu pour le salut et le bienfait de tous les humains. Tous les invités de Cana furent éberlués et Jésus avec !

Jésus quitta son père et sa mère. Il partit. Une mission impérieuse l’appelait. Sa mère ne pouvait guère se passer de le voir, de le rencontrer. Elle en savait trop sur lui. Elle le gênait peut-être un peu, mais il l’aimait autant qu’elle l’aimait, peut-être même encore plus ! Jésus n’avait qu’un seul désir : faire comprendre à Marie qu’il avait le cœur assez large pour chérir tous les humains ses frères, autant qu’il avait de l’affection pour elle.

Jésus ne se rappelait pas avoir vu chez sa mère la moindre trace de jalousie. Elle ne possédait pas son fils. Elle ne jalousait pas les autres femmes qui l’aimaient. Elle n’eut jamais un mot, un geste, un sentiment déplacé vis-à-vis de Marie-Madeleine ou de l’intrigante mère des fils de Zébédée.

De près, de loin, Marie « suivait » Jésus. Quand le vent tourna du mauvais côté et que beaucoup trahirent ou s’enfuirent, elle était encore là, humble, disponible au pied de la croix. Jésus mourant la confia à Jean. « Prends soin d’elle ! Tu verras : elle t’aimera et fortifiera ta foi en mémoire de moi ».

On a su ensuite qu’elle se réunissait avec les apôtres et priait avec eux. Elle lia son sort à l’Église.