Luc 6, 7

Observer pour détruire

Il est  clair que lorsque scribes et pharisiens observent Jésus, ce n’est pas pour ‘observer une loi d’amour’ à son égard mais pour « l’avoir à l’œil » et guetter le faux pas qui permettrait de le prendre en faute et de l’éliminer.

Les ennemis de Jésus l’épient. Ils sont à l’affût non pas pour recueillir ses paroles mais pour le réduire et le détruire. Ils le surveillent comme des surveillants, gardiens de l’ordre légal. Ils l’étudient non pour recueillir son enseignement mais pour le censurer. Ils sont au belvédère de la haine pour constater l’infraction religieuse qui le fera condamner. Ils scrutent non pour découvrir l’essentiel et s’en nourrir, mais pour s’opposer et condamner.

Ces hommes, pourtant des religieux de la pure religion, sont les gardiens de l’orthodoxie pointilleuse. Ils redoutent que la nouveauté ronge les fondements de la Loi et du Temple. Ils tiennent Jésus pour un dangereux novateur qui va ruiner la tradition des patriarches. Ils n’ont pas vu ou peut-être n’ont pas voulu voir en la personne du Christ, l’Envoyé. De fait par sécurité, scribes et pharisiens préfèrent ce qui est écrit : la lettre de la loi et ils ont peur de l’Esprit du Vivant. Ils appréhendent que s’effacent disciplines et prescriptions qui donnent des cadres. Ils tremblent à la pensée que la liberté, l’amour, l’engagement personnel, vont sans doute ‘démolir’ l’édifice de la religion établie.

Ces « gardiens » du Temple vivent du Temple. Il est leur raison d’exister. En se cramponnant à la LOI MOSAÏQUE, ils n’ont pas entendu les prophètes de l’Espoir. Ils ne sont pas allés assez profond dans leur foi, ils sont restés à la superficie. Ils ne creusent pas au-delà de la première couche de la religion qui fut indispensable et bénéfique pour transmettre l’expérience spirituelle d’Abraham qui quitta son Pays et de Moïse qui, avec l’appui de Dieu, mit un peuple en marche vers la Terre Promise de la liberté. Ils sont empêtrés dans les termes de l’Ancienne Alliance. Ils se lient à la forme qui change selon les cultures et n’épousent pas l’Esprit qui ouvre sans cesse l’avenir et ne vieillit jamais et ne trahit jamais. Ils sont fixés à une époque. Ils sont figés par l’effroi d’un changement, ils ne voient absolument pas que Jésus est à la fois le TEMPLE NOUVEAU, L’ALLIANCE NOUVELLE, LA LOI D’AMOUR QUI ARTICULE LE PEUPLE et le rend COHÉRENT…alors ils chipotent sur le repos du sabbat.

Dans le fond, ces scribes et ces pharisiens dans leur ensemble pouvaient-ils « rompre » comme Nicodème (un petit peu) ou Paul de Tarse (tout à fait) ? Sans doute, mais à quel prix ? Ils devaient franchir tant d’obstacles pour se convertir et quitter leur pureté légaliste que l’on est tenté de  bien  les comprendre. Un retournement absolu leur aurait demandé de descendre de leur barque, d’affronter leur tempête intérieure et de marcher sur les eaux. Je crois que Jésus qui a tant souffert à cause d’eux leur a tout a fait pardonné…

Ce qui à mon sens est moins compréhensible, ce sont les gardiens du temple et de la loi du 19è siècle qui, assis dans les assemblées dominicales, épient les prédicateurs prêtres et laïques et les dénoncent non pas pour les livrer au bourreau, les temps sont heureusement révolus… mais pour les faire taire. Toutefois le  préjudice des censeurs est grand car leur attitude entraîne dans leur peur l’Église du 21è siècle et la rend frileuse. Ils nuisent à ses épousailles avec les cultures contemporaines.