Luc 6, 36-38

Miséricordieux

Actuellement le mot miséricorde appartient à un vocabulaire un tantinet désuet. Le mot comporte une connotation hautaine et larmoyante. Comme entachée par le droit de  grâce  régalien, elle laisse supposer une inégalité de statut : un puissant et un faible.

La parole du Christ me semble beaucoup plus forte, finement pertinente, très audacieuse.

Entre vous, agissez avec cœur, ayez de la piété et non de la pitié les uns pour les autres. Que votre relation se fonde sur la délicatesse, évitez d’être durs, ne vous comprenez pas uniquement par l’intelligence, soyez vraiment humains, c’est-à-dire qu’à la rigueur du jugement mêlez de la tendresse. Ainsi vous aurez un juste comportement et cette pratique vous justifiera.

Mais l’Évangile va encore beaucoup plus loin. L’impératif d’humanité trouve en la paternité de Dieu sa source. La miséricorde de Dieu n’est pas un bon sentiment, c’est une personne : le Christ lui-même. En lui se trouve le jugement vraiment humain, celui qui allie fraternité, intelligence et cœur.

Soyez miséricordieux entre vous comme le Christ est miséricorde du Père. Recevez-vous les uns des autres comme vous accueille le Christ. Chacun de vous est un don de Dieu pour son frère. Non seulement cette démarche ne réduit pas l’amplitude de son humanité mais déploie la grandeur de son achèvement par la foi. Plus je reçois l’autre comme le Christ, plus il devient lui-même.

Alors, impossible de condamner. Tout échange sera à la mesure débordante du don de Dieu.