Luc 6, 22

Quolibet. Indifférence. Interrogation

Au début du XXIe siècle, en France, presque personne n’est haï, persécuté ou même méprisé et insulté à cause du Fils de l’Homme. 

Il y a soixante ans, juste après la guerre de 39-45, alors que la chrétienté était vivace dans notre pays et ses œuvres florissantes, l’Église catholique pouvait encore sembler menaçante. Patronage, cinéma, kermesse populaire, école primaire dans les quartiers, colonie de vacances, théâtre, occupaient le devant de la scène. Elle avait aussi à se faire pardonner quelques complaisances pour le régime réactionnaire de Vichy. Elle cherchait quelquefois par tel ou tel de ses membres influents et notoires à peser sur la politique et les élections. Dans ce contexte il n’était pas très rare qu’un prêtre portant soutane et tonsure ne fasse dans la rue l’objet de raillerie ou de quolibets.

Même les gamins de la laïque ou les ados de Léo Lagrange cherchaient noise à ceux de la ‘libre’ ou aux joueurs de foot de la paroisse voisine. On pouvait donc se faire insulter par des ‘farouches’ qui se sentaient menacés dans leur laïcité…

Puis cela s’est tout à fait apaisé…Plusieurs raisons ont contribué à ce climat de tolérance, mais l’influence sur les esprits du concile Vatican II a été déterminante.

Après Mai 68, dans une large couche des étudiants et des praticiens des sciences humaines au sens large, souffla un vent de dérision vis-à-vis des « pauvres cathos empêtrés dans leurs galimatias pieux, niais et poussiéreux… »  On avait pitié de ces pauvres gens… pauvres jeunes… entortillés dans des dogmes et des croyances qui, par leurs interdits, empêchaient leur libération. Les « cathos » courbèrent la tête et beaucoup, à la foi peu enracinée, se turent et glissèrent sans bruit hors de leurs relations vivantes avec le Christ et son Église, cette dernière jugée totalement obsolète et réactionnaire. 

Des années passèrent encore…Quelques prêtres, religieux et religieuses, dans la mouvance du schismatique Monseigneur Lefèbvre se promenèrent dans les rues en soutanes, en bure ou avec des voiles et des cornettes. On sourit, on fut triste pour eux mais nul ne les agressa.

Et puis il y eut le voile des musulmanes… cet épisode amena la population à une grande indifférence mais aussi à une sorte de respect tolérant vis-à-vis de ceux et celles qui en public affichaient leurs convictions religieuses. Pourquoi pas ! Ils ont bien le droit, ils ne nuisent à personne !

Pendant ce temps, la majorité des cathos, prêtres, religieux et religieuses y compris, optèrent définitivement pour les orientations données à Diognète au cours du IIe siècle de notre ère. Ils vécurent comme tout le monde, habitèrent comme tous, se vêtirent comme tout le monde… On ne pouvait les reconnaître que si on les fréquentait et remarquait leurs discrètes manières de vivre inspirées de l’Évangile. Il fallait s’approcher ou qu’ils s’approchent pour voir…

J’ai effectué ce détour historique pour pouvoir poser la question finale qui me taraude.  Les Chrétiens sont-ils encore haïs, interrogés, ou admirés ? Ou laissent-ils indifférents parce qu’ils ne « cassent » rien ?

Je redoute, en effet, que les baptisés aient perdu le Verbe ‘action et parole’ et qu’ils soient sans relief. S’il est évident qu’ils n’ont pas :

Je prétends que si les ‘baptisés confessants’ font tout cela et beaucoup d’autres choses, ceux qui les entourent :

Dans tous les cas ces Chrétiens seront bienheureux puisque sans bruit ils auront témoigné de celui qu’ils aiment au point de modifier leur propre vie à cause de lui et qu’ils seront signe à plusieurs de mansuétude et de bonté.