Les pauvres et les riches
Je sais que ce texte des béatitudes dans l’Évangile de Luc est une sorte d’hymne eschatologique
Le Seigneur ne comble que ceux qui le désirent, l’appellent, l’espèrent. Il reste disponible à tous mais ne force quiconque. Il est le Dieu de la patience, de la miséricorde, de la liberté, il n’oblige personne. Sa bonté guette au moins un petit signe d’acquiescement pour se donner.
Pourtant en contemplant la scène qui se passe dans la plaine, je crois percevoir que ceux et celles qui suivent Jésus ne sont pas des habitués des palais et des nantis de l’existence mais des malades, des sourds, des muets, des paralysés que d’autres portent, des tourmentés, bref tous ceux qui cherchent à le toucher parce qu’une force sort de lui et les ‘rétablit’ tous.
Jésus regarde ses disciples, vraisemblablement ce sont des ‘malmenés du quotidien’. Ils sont là, tout proches de lui, il les a sous les yeux, il voit leurs misères, il choisit de les aimer… il prend, comme on dirait aujourd’hui, une option pour les pauvres, comme s’il y avait une urgence à considérer en eux leur dignité pour que eux-mêmes ne désespèrent pas. Il répond à leur attente, peu importe si elle est vraiment terre à terre, ils constituent son premier cercle, c’est sa « bande ».
Parmi les éclopés ou les malchanceux, il y a peut-être des bien portants qui connaissent le désarroi du manque d’amour ou du péché. Ceux-ci aussi désirent guérir, alors il est aussi là pour eux.
J’imagine, mais ce n’est pas dans le texte, que pour les repus, les rieurs, les honorés de la religion et de la cité, il aura un autre traitement miséricordieux, il emploiera les grands moyens du pardon offert. Ces lointains lui sont chers, il ne les abandonne pas, il les porte en portant sa croix. Comme apparemment il ne peut rien pour eux, il leur donne tout. Il se livre pour eux comme pour ceux qui ont marché avec lui en quémandant un brin d’amour pour pouvoir survivre.
Le grand texte des béatitudes ouvre un espace infini à la miséricorde et à la compassion. Dans les cheminements de la vie humaine de tous les temps, certains et certaines par profession, par solidarité, par vraie sympathie, par discrète bonté, par amour désintéressé prolongent l’hymne eschatologique… les chrétiens confessants prendront le temps de faire une gerbe de tous ses bienfaits, ce sera le bouquet magnifique de l’action de grâce eucharistique et de la fréquente prière communautaire.
11 septembre 2007
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