Luc 5, 9

L’effroi spirituel devient l’interrogation majeure d’une vie

La trame et la chaîne d’une vie sont composées d’événements simples, routiniers, répétitifs, ni malheureux, ni heureux. A partir de ce quotidien ordinaire, se tisse une vie banalement heureuse. On se lève, on se couche, le reste de la journée ressemble à hier et sera vraisemblablement comme demain : relations agréables, convivialité des repas, rencontres tranquilles, loisirs paisibles, état de vie normalement satisfaisant, petits éclats de soleils ici ou là…

L’habitude acquise ne pèse pas, elle permet même une certaine liberté de pensée, de présence, de délicatesse. Des mini-plaisirs sont au rendez vous des heures et donnent quelques lumières à ce qui ne serait autrement que grisaille. La santé ne pose pas de réel  problème…

On « va » bien : le savoir-faire et le savoir-vivre ne sont pas routine ennuyeuse. Un  certain « jeu » dans les rouages » permet un fonctionnement normal. Sans se « gripper » la machine tourne « rond ». La satisfaction de tous court au long des mois. « Il n y à pas à se plaindre » disent les gens.

Et puis un jour, sans trop savoir pourquoi, surgit dans l’existence, un petit problème qui se met à enfler. Perturbation, réflexion, action. On fait front, l’obstacle se franchit…La vie reprend, modifiée souvent, mais elle redémarre avec un train-train nouveau et satisfaisant.

D’autres fois, dans l’existence journalière, déboule quelqu’un d’inattendu. Sympathique, il demande un service modeste : « prête-moi ta barque » j’en ai besoin pour un petit moment, juste le temps de finir ce que j’ai commencé, après je te rends ton bien ».  Un « service » ne se refuse pas…Tout se passe comme prévu. Au moment de la restitution : congratulation d’usage. « On pourrait faire quelque chose ensemble ? Pourquoi pas ! »

Et c’est « parti ». Commence une collaboration précaire.

Dans l’action commune, un événement majeur, quelque chose de vraiment insolite, un moment intense, advient. Cette  conjoncture  surprend tellement et bouleverse au point que ce qui était du courant des jours devient de l’exceptionnel débordant d’effroi. Trop engendre émotion. On est obligé de s’interroger comme s’il y avait une « rupture » dans le déroulement de la vie. Existe comme un avant et un après ; au milieu une sorte de séisme intérieur qui échappe à toute maîtrise.

Dans cette faille, les sécurités vacillent, les habitudes tremblent, une pauvreté de tout l’être se faufile, une lucidité sur soi permet de se rendre compte de sa propre indigence. Vraiment je suis comblé et n’en suis pas digne : « Seigneur, éloigne- toi de moi car je suis un homme pécheur ». C’est vraiment trop grand ! Pourquoi moi ?

L’ébranlement qui se produit, rompt avec le passé et engage un avenir dont on ne sait rien…mais dont on pressent l’importance.

Il faudra lire et relire seul et avec d’autres.

Il faudra décider et s’engager.

Il faudra nouer un nouveau pacte de fidélité dans une Alliance basée sur la confiance.

Une fécondité essentielle dans une vie nouvelle n’est plus impossible.

Il en est ainsi :

L’effroi se dépasse parce que l’on a découvert la bonté de l’interlocuteur, de quelqu’un  de « connu » et de « reconnu »…alors on peut «  tout quitter », « tout laisser » et « suivre ».