Oui ! Guérir est un témoignage
Long avertissement pour éclairer tant soit peu la problématique de mon propos d’aujourd’hui sur le verbe « Guérir ».
Je pense et je crois que l’être humain, et c’est aussi sa grandeur et sa beauté, est toujours en voie d’« achèvement et de plénitude
Il est fragile, vulnérable, sujet aux « accidents » de parcours. Les menaces qui pèsent sur lui ne sont pas illusoires.
Il peut être blessé, connaître la grave maladie, se battre contre le handicap de naissance, être sujet de mille manières aux déséquilibres mentaux…
Il peut aussi être fragilisé par tous les systèmes réducteurs : le perfection-isme, l’individual-isme, l’irréal-isme, le despot-isme et tant d’autres « -ismes ».
L’être humain, dans sa somptuosité, sa gracieuseté et sa beauté, met tout en œuvre pour inventer au sein de la société, l’équilibre de son bonheur, de son épanouissement, de son amplitude, de sa suprême dignité. Il se construit progressivement le mieux possible dans sa liberté et sa vérité. Avec tous, il marche avec détermination vers sa « complétude ». Il contribue à organiser son entourage pour favoriser le bon développement de lui-même et de la société.
Il n’en reste pas moins exposé au mille incidents de parcours qui menacent de le réduire, de lui occasionner de fortes souffrances ou de le faire mourir. Il ne se tire des mauvais pas de la fatalité, de l’insuffisance, de la malchance, de la méchanceté des autres que par l’action compétente et éclairée « des thérapeutes d’humanité » : « soignants » de toutes catégories, qui prennent soin de lui, le « sauvent » de la réduction mortifère et l’escortent jusqu’à son maximum personnel « de bien-être ».
Les miracles de guérison, nombreux dans les quatre évangiles, opérés par Jésus m’ont conduit à penser et à croire que pour être « à plein » dans la société, les humains devaient sans cesse guérir et pour cela faire confiance à eux-mêmes et à ceux et celles qui prennent soin de chacun et de tous.
Guérir, un témoignage.
« Guérir » s’inscrit dans le « domaine ‘relecture’ » de la conscience. La guérison dans le parcours de chacun donne une chance de nouveauté et de renouvellement. Une personne a échappé à la mort, qui l’a frôlée et peut être provisoirement terrassée par ses prémices, pour se redresser, se rétablir, se tirer d’un mauvais pas, se lever, re-partir, recommencer à vivre mais plus du tout comme avant.
Je crois que le « bien mourir » est aussi une guérison.
Peut-on simplement soigner sans guérir soi-même ?
Soigner ou mieux « prendre soin » (au sens précis et large) peut devenir par choix, par décision libre et raisonnée, une visée unifiante, d’autres diraient (très improprement) la réponse à une « vocation ».
Les deux visées unifiantes du prendre soin, celle du non chrétien et celle du chrétien, peuvent et doivent être en dialogue constant. Elles participent au vaste défi qui structure aussi bien les individus que la société. « Prendre soin » est un faisceau de valeurs propre à l’humanité.
Les baptisés vivent cette visée en communion intime avec le Christ serviteur du monde. Ils prient, ils offrent, ils chantent la louange, ils intercèdent, ils implorent, ainsi ils représentent, dans le secret, la population entière.
En dialoguant avec ceux qui ne connaissent pas le Christ ou ne le reconnaissent pas et qui pourtant partagent les mêmes valeurs qu’eux, les chrétiens ne font pas bande à part. Ils ne font qu’un avec la société pour que tous les soignants, de toutes sortes et de toutes catégories, soient autant que possible des serviteurs accomplis d’humanité.
Dans ce parcours vers la plénitude humaine, le disciple du Christ reconnaît des germes d’éternité et sait en parler avec les mots de la foi. Son témoignage contribue pour sa part à la grandeur de la condition humaine.
Je crois que la foi sauve parce qu’elle « humanise » l’humain. Elle ne l’enferme pas dans ses limites spatiales et temporelles.
La foi enlève aussi l’illusion d’être tout puissant comme Dieu mais libère la force d’être puissant comme un humain mortel ouvert à l’infini.
Assumer toutes ses capacités, les développer, les partager pour les augmenter, commence le pèlerinage d’éternité qui s’épanouira dans la mort-résurrection. Limitation et Sublimation du temps.
Guérir est une expérience humaine qui dans le temps signifie l’effort collectif :
C’était, à mon sens, l’idée qui avait présidé en France à la création de la Sécurité Sociale.
Je pense que le fait de guérir qui se passe dans le temps, dans l’espace, dans la chair, le psychisme ou la sociabilité, permet une vie nouvelle qui n’est pas le prolongement de l’ancienne…
« Guérir » inaugure presque toujours une nouveauté insoupçonnée après une rupture. Une sorte de sortie de prison, un élargissement.
Je pense parfois que tout être humain doit guérir, d’une manière ou d’une autre, pour acquérir sa plénitude.
Parce qu’un « guéri » est un humain nouveau, Je crois que l’aventure de guérir parle, dans la relecture de la foi, d’être « sauvé de la mort ». C’est déjà un témoignage de résurrection… Du moins c’est ce que j’ai entendu dans le dialogue de Jésus avec le lépreux.
8 janvier 2010
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