Effroi : les vertiges de la foi
Luc présente la rencontre de Jésus avec Simon comme le fruit du hasard et du petit service rendu entre personnes qui, apparemment, ne semblent pas être dans une relation suivie et recherchée.Simon est un pêcheur artisanal parmi d’autres, travaillant jour et nuit, pour exercer un métier plein d’aléas.Jésus un prédicateur religieux qui s’adresse à une « foule » qui, sous le charme, se presse autour de lui.Simon lave ses filets et ne paraît pas s’intéresser à la prédication. Il fait son métier.
Sa prédication achevée, Jésus prend le temps de parler avec Simon.Il lui conseille de retourner au large et de recommencer là où la nuit précédente il n’avait rien pris. Pas de lassitude. On recommence, on obéit.
La parole de Jésus est persuasive. Pierre repart là où il avait échoué. Il travaille à nouveau au lieu de son échec. Il a entendu la parole d’un autre, il l’a faite sienne et recommence. Confiance.Là où il y avait de l’échec, du ‘rien’, il trouve de l’abondance.Une abondance tellement grande qu’il appelle ceux « d’à côté » pour la partager.
Pierre relit l’événement banal. Il pressent quelque chose au-delà de son métier, de plus grand que sa compétence ordinaire de pêcheur du lac qui gagne sa vie de tous les jours.
Ce qui vient de se passer fait plus que l’interroger, il le remplit d’effroi. Qu’est ce que « ça veut dire » ? L’habitude en lui se casse, sa conscience devient un terrain où peut s’enraciner une sorte de nouveauté, presque une folie. D’une certaine manière « il perd pied ».
La Parole de Jésus le rejoint au sein même de ce trouble intérieur. Avec d’autres artisans pêcheurs comme lui, ils laissent leurs barques qui étaient leur vie, leur raison d’être et abordent à d’autres rivages jusqu’alors inconnus.
Je crois que toute conversion et toute « vocation » connaissent :• l’effroi et la peur : c’est trop… pas à ma mesure,• une confiance… (à ta demande je repars au lieu de mon échec. Je trouve l’abondance),• un vertige délicieux, fou, plein, qui donne audace,• une plénitude, l’élargissement au-delà du « train train » habituel,• un rien comparé à un tout. Une abondance étonnante et inhabituelle,• un recommencement laborieux. Une répétition qui ne lasse plus (fatigue),• un appel à d’autres : « venez nous aider c’est trop pour nous. Partageons l’abondance, sans votre participation, nous risquons de couler ! »
Ce qui s’est passé au bord du lac de Génésareth se passe dans toute vie amoureuse. À travers des médiations différentes, tous les états de vie la connaissent ou devraient la connaître. À cet « ébranlement » amoureux qui permet d’offrir sa vie (fatigue, joie, compétence laborieuse), le Christ Ressuscité donne :Fidélité,Nouveauté des recommencements,Abondance à partager !
Mais tout cela se passe dans une sorte de crainte, d’effroi et de pauvreté.
2 septembre 2010
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