Luc 5, 34

Une des manières de pratiquer le Jeûne

Pour un « baptisé confessant » se confier au Christ est le plus sûr chemin qui conduit au Père. De plus, Jésus est lui-même la Vérité et la Vie. Il purifie, il dynamise, il renouvelle, il assouplit, il réjouit ceux et celles qui librement le reçoivent et marchent de leur mieux à sa suite. La Parole du Verbe non seulement décape, mais elle allège et donne faim de Dieu. Le Fils nous rend frère des autres humains, il nous libère des chicanes, des aigreurs, des jalousies inévitables entre ceux et celles qui marchent ensemble. Son  Esprit nous fait découvrir ce qui est le meilleur pour nous et les autres ; il débroussaille nos craintes, il apaise nos irritations ; il nous donne les mots de la prière et de la mission. Il nous tient en communauté malgré notre désir de nous gouverner solitaire sans tenir compte des autres.

Bref je crois que Jésus nous sauve de l’enlisement, il nous maintient en forme spirituelle, il nous dégraisse de la suffisance, il nous convie jusqu’à l’offrande désintéressée de la croix… c’est dire que l’accueillir, le pratiquer, être son intime c’est encore mieux que de jeûner. En lui le « baptisé confessant », pèlerin de l’absolu, s’efforce de voyager sans encombrant. En évitant les poids morts il opte déjà pour la Résurrection…

Tant que nous nous efforçons d’accueillir Jésus, d’accepter son amitié, de nous laisser guider par l’amour qu’il met en nos cœurs, tant que son Esprit éclaire notre discernement, fortifie notre volonté et nous inspire pardon et aumône, nous n’avons pas bien besoin de tout un arsenal répertorié de privations et de macérations. Christ nous suggère ce qu’il faut quitter et ce qu’il faut inventer et promouvoir pour aimer à sa manière. En fonction de ses « handicaps » spirituels chacun et chacune va inventer son désencombrement pour avancer vite et mieux dans la dilection et le service évangélique.

La Parole du Baptiste : il faut qu’il croisse et que je diminue, me semble précéder mon propos. La lutte spirituelle suppose une réduction de notre suffisance pour entrer dans l’action commune qu’elle soit sociétaire ou ecclésiale.

Il n’y a pas de vie d’offrande et d’amour sans oubli de soi, sans sortie parfois douloureuse de son égoïsme, sans restriction de ses points d’honneur, sans relativisation de ses jugements abrupts,  sans atténuation de ses mutismes timides ou boudeurs… c’est-à-dire sans oubli de soi.

Il n’y a pas de vie d’amour sans sourire, sans bonne humeur, sans acceptation empressée et joyeuse, sans disponibilité discrète, sans plaisir de se mettre au service d’autrui pour qu’il accomplisse mieux sa vie, son mystère, sa vocation… c’est-à-dire sans une offrande modeste et constante.

Il me semble que c’est ce qu’écrivait Luc en rapportant les Paroles de Jésus : tant que l’époux est avec nous, c’est la fête… mais pour que la fête réussisse et soit collective, il faut revêtir l’habit de l’oubli de soi, qui est une forme d’amour selon le Christ.