Arborer

Dans l’Ehpad où je réside depuis six ans, des personnes, surtout des femmes, arborent un signe chrétien. Quelques prêtres portent une croix pectorale sans doute pour affirmer leur ministère presbytéral. Je ne leur ai jamais demandé la signification profonde de leur choix.

Ainsi, tous, laïcs et prêtres, affichent leur conviction de croyants, désirant que l’ensemble des résidents n’ignorent pas leur choix et leur foi au Christ. Ils prennent un risque redoutable. Car ils devront faire coïncider leurs comportements journaliers avec le signe qui leur est cher et qu’ils montrent.

Arborer une croix, un habit, une médaille, un ruban, un voile, un insigne social ou politique équivaut à prendre position dans la société, afin que nul n’ignore le choix, la distinction d’un honneur ou de la foi. Ils font le pari d’être en mesure  de rendre compte de leur liberté de croyant ou d’associé qu’ils osent afficher. C’est un engagement de leur part.

Il ne leur suffit pas de porter un signe sous le vêtement contre la peau, ils désirent provoquer la question et le jugement, ce qui est une liberté redoutable pour eux. L’intime ne leur est plus suffisant. Il faut avoir le courage de révéler et de se montrer. C’est un pari ; à moins que ce ne soit qu’une habitude comme on arbore un colifichet pour faire joli.

J’ai porté une soutane de 1949 jusqu’à la fin du Concile Vatican II. Ce changement de vêture sous-entendait que j’entrais à petit pas dans la laïcité.

Assez rapidement, je n’ai plus porté ni croix à la boutonnière  ni col romain. Mon ministère qui m’a fait vivre quelque fois dans la cour vaticane, m’a aidé dans le choix de disparaître d’une monstrance ostentatoire.

Je crois que nul n’ignore que je suis prêtre, prêt à dialoguer sur l’Évangile et la foi chrétienne. Je suis un laïc croyant que Dieu s’est fait homme pour nous montrer les exigences et la paix de l’amour. A moi d’en vivre.