Après une vie communautaire au séminaire de six ans, après celle en paroisse pendant six ans suivie d’une dizaine d’années à la direction des œuvres, durant trente ans, j’ai vécu seul dans le même appartement que trois propriétaires successifs me prêtèrent gratuitement.
J’étais chez moi : après quelques semaines, tout m’était familier. Tous les meubles avaient une histoire. Par mon usage, ils entraient dans une continuité. Beaucoup me furent offerts par des amis ; ils me les avaient donnés ; ils étaient à moi. J’étais vraiment chez moi. Tout me parlait et me racontait une affection, un sourire, une délicatesse.
Dans ce nouvel univers, je n’avais plus qu’à m’organiser comme je le souhaitais pour une nouvelle expérience ministérielle d’un prêtre du diocèse de Lyon.
Je pouvais recevoir ceux et celles qui désiraient me voir pour dialoguer. La barrière austère d’un parloir ou d’un bureau officiel était levée. On entrait dans un nouveau type de relation. Les visiteurs sonnaient, j’ouvrais la porte, ils étaient chez moi.
Il arrivait souvent que nous partagions un repas simple dans une vaste cuisine ou rien ne manquait. J’avais fait le marché et m’étais arrêté chez le traiteur pour acheter le plat de résistance. Nous parlions en mangeant et nous faisions la vaisselle ensemble. Il y avait du familier et de la simplicité.
Parfois un groupe venait dîner le soir. Chacun apportait sa croûte. Nous mettions en commun et nous partagions. Ma table était grande : on tenait facilement dix autour. On parlait surtout avec ses voisins. Le service était fait par tout le monde.
Quelquefois, il y avait un invité de marque : Denis Vasse, le pasteur Dumas, l’éthicien Thevenot ou un journaliste, un enseignant ou encore un syndicaliste. Dans ce cas, le repas était plus court et la soirée plus longue pour écouter et interroger.
D’autres fois, le repas concluait une réunion plus ou moins agitée, par exemple les réunions de la fondation Après-Tout. Les rendez vous se prenaient.
Bref, j’étais chez moi et je m’efforçais de mettre à l’aise et de rendre libre la parole
En 2014, trop âgé pour être seul, je suis entré dans l’EHPAD des Petites Sœurs des Pauvres, rue Gandolière. J’ai la chance d’avoir au 303 un studio avec cuisine et cabinet de toilette. Le personnel fixe et les religieuses sont des modèles de soins, de discrétion et de patience. Pendant deux ou trois ans, j’ai continué d’aller à la chasse et de me rendre aux invitations à Lyon, à Saint-Cyr et dans les Dombes. J’ai réappris à vivre en communauté, sauf qu’à part l’âge rien ne nous rassemblait. Ma chute et les cinq mois consécutifs d’hôpital ont encore changé la donne. Maintenant, la courtoisie est le seul lien possible avec les résidents. Heureusement, j’ai trois ou quatre visites par semaine, non plus chez moi mais au parloir. Avec bonheur, je me tiens en relation avec l’ordinateur qui m’occupe trois ou quatre heures par jour. Ma vie est encore très supportable. Pendant plus de quarante ans, ma vie a été une vie de relation et d’initiative. Il faut que j’accepte une vie érémitique.
31 décembre 2020
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