En principe, la démocratie repose sur trois mots : majorité, opposition, alternance. En France, depuis 1789, au moment des votes autour du veto royal, les députés se divisèrent :
Ainsi les choses ont traversé les siècles avec des objets divers de plus en plus complexes.
En fait les représentants du peuple se divisèrent souvent selon des critères de droite : résistance, conservatisme, et selon des critères de gauche : mouvement, progressisme.
En fait, tout cela n’est pas si évident car les thèmes en variant brouillent le simplisme.
L’épisode Mac-Mahon, le président de la République qui était monarchiste, embrouille le système. En 1877 on croit y voir plus clair après le vote des lois constitutionnelles de la 3ème République. L’affaire Dreyfus, le bloc des gauches, les questions scolaires, les colonies, la séparation de l’Eglise et de l’Etat, la guerre 14-18, secouent le pays et affirment le clivage droite gauche…
Herriot, les Ligues, le Front populaire, la guerre d’Espagne, le nazisme, le fascisme, la défaite de la France, Pétain, de Gaulle, la Libération, brassent les opinions et suscitent des oppositions farouches entre les citoyens.
On se rappelle qu’en 1917, en Russie, la révolution détrône le tsar et que l’Union soviétique va devenir un modèle pour les prolétaires de tous les pays. En France, au Congrès de Tours, socialiste et communistes se séparent. Pendant plusieurs décennies, en s’appuyant sur l’URSS, les communistes seront le premier parti politique dans notre pays ; ils auront plus de deux cents députés à l’assemblée, plus d’un million d’adhérents et des intellectuels les accompagnent.
En 1944 , après la Libération, de Gaulle constitue un gouvernement d’union nationale. Il y eut des référendums. A son départ, la France est gouvernée au centre : radicaux, MRP, SFIO. Les communistes sont à l’extrême-gauche et ils ont une tendance révolutionnaire. Par la CGT, ils animent la classe ouvrière. Ils sont très organisés et font peur à nombre de démocrates.
Les guerres coloniales : Maroc, Tunisie, Vietnam, suscitent l’habileté et la perspicacité de Pierre Mendès France. Sa grande capacité politique nous sort d’une impasse buissonnante.
1958. La guerre d’Algérie bat son plein. La 4ème République meurt. De Gaulle rassemble. Gouvernement d’union nationale, référendums, changement de constitution, la 5ème République. En 1963, élection du président au suffrage universel.
Jusqu’en 1969, l’autorité du Général tient uni le pays. Durant cette époque, le congrès d’Epinay, mai 1968, l’arrivée de Mitterand, structurent la gauche. Le parti communiste s’amenuise, la gauche et la droite se préparent à l’alternance. Elles vont gouverner tour-à-tour : ce fut le temps des cohabitations.
Nous en sommes là ; Chirac gouvernera-t-il à droite, préparant ainsi l’alternance de la gauche dans cinq semaines ou cinq ans ou cherchera-t-il d’autres solutions ?
En fait, en France, il y a toujours eu des droites et des gauches. Le gros problème est de les unir respectivement, soit dans un parti du président, soit dans la gauche plurielle, pour pouvoir gouverner avec une majorité à l’Assemblée nationale. J’ai écrit ces lignes pour me montrer à moi même la complexité de la conjoncture politique en France et profiler différentes manières de gouverner. Depuis la fin du Second Empire, la République n’a pas encore trouvé son équilibre. Elle oscille.
La France est peut-être faite pour être gouvernée au centre, ce que l’on appelle un programme d’ouverture mis en place pour une législature par des hommes et des femmes démocrates ayant le cœur à gauche ou à droite mais conjuguant leurs efforts pour gouverner ensemble. Dans ce cas, les élections se font moins sur des personnes que sur des perspectives politiques intérieures ou extérieures. C’est un programme limité et temporaire.
Dans notre pays, il y a des personnalités qui ont la tripe ni à gauche, ni à droite. Ils sont tour à tour (ou en même temps) à gauche et à droite : Napoléon III, Boulanger (un aventurier), de Gaulle… Ils sont charismatiques, peut-être démocrates. Populistes, ils font avancer leurs idées ou règlent une difficulté en s’appuyant sur les plébiscites.
En 1870, Napoléon III, sentant vaciller l’empire, organise un plébiscite. Il obtint 7.350.000 oui contre 1.500.000 non. Quelques mois après, ce furent la défaite de Sedan et la Commune de Paris : fragilité d’un régime plébiscitaire.
Que fera Jacques Chirac avec son gouvernement intérimaire dans cinq semaines ?
Je ne sais que penser et que dire !
Que feront les extrêmes ?
Que supporteront les Français ?
J’ajoute à cela qu’il faut poursuivre la construction de l’Europe et vraisemblablement lui trouver un cadre constitutionnel avec un président élu.
Les équilibres incertains du Moyen-Orient, de l’Inde, du Pakistan, et l’Asie, demandent une autre politique des affaires étrangères, des circuits économiques et des forces militaires.
Les difficultés intérieures permettront elles au président élu pourtant à 82 % de voir juste et loin ?
10 mai 2002
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