« Venez à ma suite »

2011. Extraits d’un texte de 2004

Venez à ma suite est une proposition naguère offerte par Jésus à quatre artisans pécheurs. Jésus osa demander : Simon, André, Jacques et Jean se rendirent disponibles pour le suivre.

Cette histoire racontée par Marc l’Évangéliste est encore actuelle, elle prend d’autres formes. Proposition et disponibilité marchent ensemble.

Quelqu’un ose et propose

L’un adresse la parole à un autre et laisse « entendre » : « Si tu le veux nous pourrions faire œuvre commune à cause de Jésus ». « Mettons-nous en marche, ensemble (au moins pour un temps) nous découvrirons au fur et à mesure le “service” que nous pouvons rendre à ceux et celles dont nous sommes proches pour qu’ils soient “bienheureux”, dans le sens où Jésus le proclame. Soyons disponibles pour inventer, discerner, nous engager chacun selon notre tempérament, notre compétence, notre liberté, notre ouverture spirituelle d’aujourd’hui. »

Celui qui écoute la proposition laisse aller la parole jusqu’au fond de lui-même. Il assimile, il incline son cœur et sa volonté vers un refus ou une acceptation.

Il sait ses limites, l’humilité l’incite à la prudence. Il s’interroge, durant quelques mois, passe encore, mais pourrais-je durer dans la fidélité à une innovation certes séduisante mais risquée ? Est-ce que je ne me lie pas trop, trop vite ?

Et pourtant si l’on veut réaliser un projet spirituel et ecclésial, il est important de créer du neuf, de choisir une démarche nouvelle, de ne pas s’enfermer dans des cadres trop précis et trop rigides, de commencer ou de partir comme le suggère l’évangile. Cela on ne peut le faire maintenant comme jadis François d’Assise, Dominique, ou plus récemment Champagnat et tant d’autres qu’avec un petit nombre de résolus. Il suffit d’ailleurs que l’on soit une poignée, misant tout sur le Christ Jésus. Et puis si l’échec survient, on s’en rendra rapidement compte. Il suffit d’être souple et non pas entêté, arrêter la mise en œuvre d’un projet commun n’est pas un drame. Chacun continuera d’exercer la profession qu’il exerce déjà.

Quelques pèlerins prennent leur bâton, le Christ avance avec eux, et les enseigne le long du parcours. En se fréquentant les uns les autres, ils apprennent la pauvreté matérielle, le dépouillement des idées toutes faites et le renoncement au projet trop bien ficelé. Ils s’enrichissent de la Parole et se nourrissent de l’audace des prophètes.

Aucune idée de conquête ou de recrutement ne les effleure, ils désirent vivre en plein vent, signes modestes et banals au milieu du monde dont ils sont solidaires.

Par leur prière, leur offrande, leur engagement professionnel et sociétaire leur vie sera toute simple comme celle de tant d’autres. Être « quelques-uns pour un grand nombre » leur suffit.

Arrive un moment où l’on n’attend plus. Dès qu’ils sont trois, quatre, cinq ou six, ils partent, ils se font confiance, ils avancent, les premiers pas ensemble ne les effraient pas. S’ils le désirent, les hésitants d’aujourd’hui rejoindront plus tard ; eux, ils avancent ; n’être qu’un petit nombre n’a rien d’affolant.

Ils inventeront ensemble

Nul n’est certain, nul n’est « propriétaire d’un projet », nul ne sait tout d’avance. La confiance ouvre le chemin, la marche éclaire la démarche. Ils commencent, il manquera certainement ceci ou cela : rajouter, retrancher, modifier font partie de la loi du genre. Lorsqu’ils en prendront conscience, ils délibéreront, consulteront, décideront. S’ils découvrent qu’ils font erreur, ce sera bénéfique, ils agiront en vérité et s’arrêteront.

La disponibilité d’une marche commune permet de vérifier, rectifier sans cesse. Point de rigidité, il n’y a rien à prouver. Ne pas perdre de vue le motif du départ suffit, le reste est « mise au monde » constante. Accueillir les signes, délibérer, adapter, persévérer. Ils sont « présents » ensemble dans une culture qui évolue, avec une vie spirituelle qui « bouge » parce que bien vivante, avec les aléas de la santé, des rencontres.

Ils sont « présents » aussi dans le sens de « cadeaux ». Ils acceptent d’être « signes » mais ils savent que cela leur sera donné de surcroît. Ils se fondent sur le Christ vivant en eux et dans l’Église, peuple de Dieu. Cela leur suffit.

Demain succédera à aujourd’hui, inutile de tout prévoir. L’Esprit les guérit de toute rigidité. La souplesse est mariage d’intelligence et de foi. La disponibilité s’étiole et meurt dans les prisons où les hommes s’enferment eux-mêmes ou incarcèrent les autres.

Ils se gardent simplement de tout enfermement, évitent aussi les buissonnements. Ils ne cherchent pas à être nombreux ; ils font en sorte que des « trains » nouveaux partent sans cesse. Fidèles à la visée, ils ne se cramponnent pas aux moyens. Choisissant la précarité, ils ne construisent  pas de temples qu’il faudrait gérer, entretenir et auxquels ils finiraient par s’attacher.

« Quelques-uns pour tous » : ils vivent en plein vent dans l’offrande, l’action de grâce, le partage. Un minimum de visibilité pour qu’un rendez-vous puisse s’accomplir, suffit. Ils se refusent à mesurer leur réussite. Dans l’épanouissement des humains et la progression de leur liberté, ils admirent la gloire de Dieu et sa bonté. Ils rendent grâce.