Luc 2, 10-11

La bonne nouvelle

Ainsi s’ouvre la nuit de Noël…

Telle est la grande proclamation de l’Evangile… Ne serait-ce que des mots ? Il est toujours facile de dire : « Ne craignez pas ! », mais il est bien plus difficile, quand notre cœur est mordu par l’angoisse, par la tristesse ou par des conditions économiques terribles, de ne pas craindre pour soi et de ne pas trembler pour les autres.

La bonne nouvelle ne va-t-elle pas déraper sur une terre dure et gelée ou s’enliser dans une terre trop molle ?

«Une grande joie pour tout un peuple»… A parcourir les journaux, ce n’est pas exactement les propositions que l’on peut lire à longueur de colonnes, et les magazines de la presse ou de la télévision ne reflètent guère une lumière qui nous illumine…

Et pourtant j’ose répéter : « Jai pour vous une bonne nouvelle…»

Elle est extraordinaire parce que justement elle ne se situe pas ailleurs que dans nos vies.

Elle est extraordinaire parce qu’elle se trouve dans l’ordinaire, c’est-à-dire dans le banal et le concret de nos existences. Elle n’est pas ailleurs. Elle est en nous. Elle est dans nos mains, sur nos visages, dans nos yeux, sur nos lèvres. Elle est entre nous, dans les multiples relations que nous avons. Elle est cachée, elle est enfouie au fond des mille choses que nous faisons dans une journée et dans la routine la plus effroyable. Elle est dans l’habituel, et c’est là que je voudrais nous inviter à la trouver.

Le changement de nos vies ne se fait pas par un saupoudrage : Noël n’est pas le ravalement des façades. Le Christ, ferment du monde, se mêle à la pâte humaine et, de l’intérieur, il la fait lever.

Attachons-nous à discerner, dans le possible, la graine qui germe chaque jour. Si ce soir nous avions compris que le don de Dieu ensemence le banal et fait éclore des fleurs dans les déserts les plus arides, nous aurions compris quelque chose d’extraordinaire. Un certain bonheur, une plénitude de vie sont à notre portée… Ne nous laissons pas leurrer par les marchands d’inaccessible !

Ne cherchons pas la joie ailleurs. Ecarquillons nos yeux et ne piétinons pas les pousses fragiles d’espérance qui ne prennent racine et ne surgissent que dans le contexte de la banalité quotidienne.

Si nous vivons ces petites choses, nous trouverons la force et la patience de l’âpre combat commun pour la justice et le bonheur partagés.

L’Evangile nous dit encore que Jésus est le Messie, c’est-à-dire l’envoyé.

Notre Dieu nous aime au point de nous donner ce qu’il a de plus précieux, ce qui lui est le plus cher. Parmi les cadeaux qu’il nous fait, celui qui lui tient le plus à cœur c’est son Fils.

Il nous le donne, Il nous abandonne son Unique, Il le confie à nos désirs et à notre discrétion. Il nous le remet pour que nous en fassions ce que nous voulons. Nous pouvons le tuer ou le suivre dans l’enthousiasme. Il ne redoute pas notre liberté.

Qu’avons-nous fait de Jésus-Christ ?

Notre Dieu n’est pas quelqu’un qui s’impose à travers son Fils. C’est sa propre face qu’il nous révèle. Même s’il est tout autre que nous, son visage est découvert et, en Lui, nous reconnaissons nos propres traits : « Il est moi, vu de face ».

Le cadeau que Dieu nous fait n’est ni en platine, ni en uranium. Il n’est ni dur, ni radio-actif : c’est un petit d’homme, tout nu, tout menu, tout fragile, qui ne peut survivre que si l’on s’occupe de lui. Et voilà que ce qui est faible et nullement programmé d’avance se propose comme une graine de Salut. Le présent de Dieu s’appelle Jésus. Il est notre Sauveur. Il nous arrache à nos accoutumances et fait voler en éclats le cercle du quotidien.

C’est lui qui sauve le banal et le concret.

C’est lui qui sauve la fragilité.

C’est lui qui, dans le désespoir de la mort, donne encore une lumière.

C’est lui qui, dans les séparations et dans les gâchis, laisse paraître une lueur d’espoir.

Oui, Jésus, face de Dieu et visage d’homme, envoyé fragile, frère miséricordieux et patient, s’enracine chez nous et s’acclimate à la terre. Sa présence sauve le monde et empêche qu’il ne se referme sur lui. De l’intérieur de la création et au milieu de nous, Il ouvre une perspective qu’il nous fait chercher ensemble. Il la remet à notre bien-veillance et à notre discrétion.