Luc 6, 4

Un autre temps : l’oeuvre de la grâce

Luc fait allusion à une transgression de la loi religieuse par David et ses compagnons. Sans doute que les premiers chrétiens se rendaient compte de l’énormité de la pratique du roi qui osait manger des pains de l’offrande que seuls les prêtres pouvaient consommer lorsque chaque sabbat ils les retiraient de la table de l’Offrande.

En 2010 la portée de cette décision sacrilège semble bien mince… Certes il faut toujours replacer les mots, les symboles, les comparaisons dans le contexte historique auquel ils se réfèrent. Mais la phrase de Luc qui fait allusion aux privilèges des prêtres de l’Ancienne Alliance (cf. lévitique) induit une réflexion qui, quoique n’ayant aucun lien avec les privilèges des prêtres ordonnés en France vers les années 1950, pousse à réfléchir.

On peut, à tort ou à raison se demander si en France, tout à la fois terre de laïcité et de chrétienté, les coutumes ecclésiales et les lois canoniques n’ont pas développé, une sorte « d’aura sacrée » autour du prêtre. (Bien malgré lui sans doute)

Peut-être que le presbytérat diocésain, composé d’hommes loyaux, généreux, fervents, aimant les communautés paroissiales qui leur étaient confiées par l’évêque, a été d’une certaine manière pris aux pièges des privilèges qui émoussaient et contrariaient son apostolat.

Les prêtres ouvriers (dans les années 1950)… étaient  de ceux qui l’avaient le plus ressenti et dénoncé. Leur choix menaçait une conception pyramidale de la chrétienté, Rome demanda de suspendre cette pratique.

Actuellement, il est difficile de se souvenir de ce que fut à l’époque le statut sacerdotal…

Dans les trois décennies qui ont suivi la guerre 1939-1945 le département de la Loire, à forte densité chrétienne,  faisait partie du diocèse de Lyon.

Les jeunes hommes des monts du Lyonnais et des monts du Forez étaient nombreux à se diriger vers les séminaires de philosophie et de théologie dirigés par les « sulpiciens ». Le séminaire Universitaire était rattaché à la Catho. Au moins six ans d’internat strict et sévère préparaient à son ministère le clergé diocésain de Lyon.

Quelques uns faisaient leurs études ecclésiastiques à Paris ou à Rome, puis rejoignaient les membres du presbyterium Rhône et Loire.

Il y avait par an quarante à cinquante ordinations à Lyon rien que pour le clergé diocésain. Certains jeunes prêtres, immédiatement après leur ordination, continuaient des études dites supérieures pendant environ trois ans à la catho. Ils étaient internes à la maison Saint Jean.

Tout cela était gratuit. Mais des familles aisées et d’accord avec le choix de leur fils payaient tout ou partie de ces  longues études pour l’époque.

En plus existaient sur le territoire diocésain des Noviciats et des Séminaires pour les religieux prêtres par exemple… Jésuites, Domicains, Maristes, Religieux du Sacré Cœur de St Quentin, Monfortains, Assomptionnistes…

Cette pratique créait  des « cadres » de niveau intellectuel satisfaisant,

pour une chrétienté fervente et généralement soumise.

Le « peuple de Dieu » pratiquant régulièrement ou occasionnellement entourait les prêtres de respect et d’affection. Il se déchargeait sur eux de toutes ses questions métaphysiques, religieuses et spirituelles.  Avec une certaine démission, il leur confiait toute la prédication, la liturgie, voire le dialogue avec la société civile, les questions financières et caritatives.

On entendait certains laïcs dire : « j’aide Monsieur le Curé ».  Le prêtre était le « centre et le pivot de la vie ecclésiale ».

Puis ce fut le temps audacieux de l’action catholique organisée par milieux de vie…Les laïcs devinrent missionnaires parmi ceux qui étaient comme eux ruraux, ouvriers, indépendants.

Il y eut aussi le MC, l’ACMSS, Les Équipes Enseignantes….

Tout cela créait une certaine effervescence spirituelle de haute envergure.

 Les évêques parlèrent  de « Mandat ». Certains organisèrent dans leur diocèse des journées « d’envoi en mission ».

Des prêtres curés de paroisse s’inquiétaient…un monde leur échappait. Chaque dimanche regroupait un nombre important de personnes… les chrétiens « pratiquaient… » (À la Paroisse St Joseph à Lyon 4.500 personnes en 1958)

Les prêtres confessaient, enterraient, prêchaient, célébraient baptêmes et mariages, catéchisaient.

La première communion privée et solennelle, la confirmation, donnaient l’occasion de rencontrer les enfants, les adolescents.

Bref la liturgie était essentiellement paroissiale.

Et puis après, vous connaissez la situation.

Il fallait remuer ces souvenirs pour voir d’où l’on vient.

Une nouvelle donne s’installe et, grâce à Dieu, n’a pas fini de s’installer…

Pourtant certains Catholiques disent encore aujourd’hui : je réclame une lettre de mission préalable pour avoir le « droit » :

Ce qui donne force, audace, courage, ce n’est ni la permission, ni l’autorisation de l’évêque, du prêtre : c’est le baptême,

Je crois que j’ai vécu à une charnière, je ne regrette rien de ce qui était, je suis dans la joie de ce qui vient au nom du Seigneur. Le temps que l’Église vit aujourd’hui est un don de Dieu. Les « baptisés confessants » ont un rôle capital dans l’Église qui vit en 2010 une aventure spirituelle analogue à celle des « actes des apôtres. »

Le peuple des baptisés accueillera de Dieu des ministres qui auront un autre statut.