Luc 6, 12-13

Prière et appel

Dans les versets 12 et 13 du sixième chapitre de son Évangile, il est manifeste que Luc nous invite à contempler en Jésus le lien entre prière et appel.

Jésus prit de la hauteur en allant dans la montagne pour prier, pas seulement pour quelques formules rituelles mais pour passer les heures de la nuit en ‘présence active’ devant Dieu. La longue offrande dans la solitude et l’obscurité favorise discernement et décision.

« Le jour venu », c’est-à-dire la clarté étant faite, Jésus appelle ses disciples et en choisit douze. Ils montent auprès de lui, il les nomme apôtres, il leur donne une fonction officielle. Ce titre les associe de près à sa propre mission d’envoyé. Comme le Père l’a envoyé, lui aussi les envoie. Ils ne seront pas seulement disciples mais aussi ‘ambassadeurs’ chargés de proposer à tous de vivre dans l’amour de Dieu les valeurs humaines et de tenir en ‘cohérence vitale’ les membres du Royaume.

Ce choix d’hommes imparfaits (et de plus incompatibles entre eux) ne peut que surgir de la prière tant son audace est grande. Dans la présence à son Père, Jésus puise la confiance que Dieu porte aux humains. Il n’organise pas une escouade de propagandistes pour quadriller le pays et préparer les manifestations, il associe des humains à son être de messie pour signifier avec lui que Dieu visite son peuple et lui est présent de l’intérieur. Il fait d’eux des « sacrements ».

La prière met ‘tout’ à sa juste place : instaure la paix, dessille les yeux, dégonfle les illusions, nourrit l’espérance, fonde la confiance, fait la vérité, met à l’action, engendre le pardon, marie la lucidité et l’amour, scelle ensemble : l’estime, le discernement, la réalité terre à terre…

Celui ou celle qui prie tente de glisser son jugement dans ce qu’il pense être le point de vue de Dieu. Il sait qu’il peut errer, mais dans l’humilité du pèlerin terrestre il va son chemin et accomplit sa besogne. Tant bien que mal la prière unifie son cœur, son intelligence et son action, elle n’empêche pas failles, décalage, péchés mais elle en fait des lieux de la grâce pour y accueillir le mystère de l’Incarnation c’est-à-dire de l’accomplissement des ‘terreux’ en Dieu.

Jésus prie, les « baptisés confessants » prient avec lui, en lui, par lui. Ils intercèdent sans cesse pour ceux dont ils se rendent solidaires. Ils représentent devant Dieu chaque jour ceux et celles parmi leurs amis ou leurs collègues qui ne connaissent pas encore la bonté de Dieu. Ils  décident de  lever les obstacles de la communion et sont des actifs du pardon comme ils sont eux-mêmes pardonnés. Ils donnent une place dans leur cœur à ceux et celles qu’ils inviteront à marcher avec eux dans une vie missionnaire. C’est dans la prière que s’invente leur audace.