« Aux reproches de ses amis, Job répondit : ‘Je sais bien que vos paroles sont vraies. Comment l’homme peut-il avoir raison contre Dieu ? Si l’on s’avise de discuter avec lui, on ne trouvera pas à lui répondre’ »
Le livre de Job écrit cinq ou six siècles avant Jésus-Christ est à la fois poétique, philosophique et religieux, voire mystique. C’est un conte de portée métaphysique qui ose affronter la douloureuse énigme du mal et du malheur.
Comment se fait-il que des humains, qui n’ont rien fait de mal, soient frappés par le malheur ? Comment expliquer que « le juste » ami de Dieu, ami de ses contemporains, ami de la création entière, soit atteint et dépouillé par le malheur, alors que le sacripant, installé et quiet dans une santé florissante, prospère et s’enrichit ?
Ce statut révolte les consciences droites et les interroge jusqu’à la moelle de leur être. Les imprécations ne servent à rien. Les réflexions se perdent dans les nuages et n’apportent aucun éclaircissement. Les débats sur ce sujet, même s’ils sont souhaitables entre amis, ajoutent momentanément à la confusion. Le Mal et le malheur frappent à l’aveuglette les hommes et les femmes de tous les temps. Cette énigme lancinante demeure sans réponse claire.
La nature humaine est confrontée à la fatalité. La nature humaine connaît malheur et bonheur : c’est son statut terrestre ! Les humains doivent s’organiser au mieux entre eux pour ne pas être laminés par la question qui les suffoque, les taraude. Les assauts du malheur les terrassent.
Les humains sont inévitablement conduits à admettre leur condition précaire, sujette à l’accident et aux circonstances dont ils ne sont pas forcément responsables. Ils n’ont pas à être punis par l’adversité mais doivent seulement y faire front, en en parlant entre eux et en se portant secours les uns aux autres. La solidarité est l’une des réponses capitales pour que les individus soient soutenus et aidés. Même désarmé, chacun apporte à l’autre le secours de son amitié, de sa présence, de son écoute, de sa compétence, de sa fidélité, de son argent…
Chaque humain est appelé à ne pas fléchir et à se battre pour vivre, survivre, surmonter la catastrophe qui l’empoigne. Il ne se cache pas, Il n’a pas honte comme s’il avait mal fait. Il se laisse « soigner ». Prendre soin les uns des autres est une nécessité sociale pour que chacun vive comme une personne et puisse entrer en patience et vivre sans être dévoré par la désolation. Humilité qui porte chacun à avoir besoin d’autrui pour rester digne, se relever, se tenir debout rénové après l’épreuve.
Chaque humain a droit et peut-être le devoir ou l’obligation de se plaindre, de gémir et même de se révolter. Ces expressions de la vie affligée, plus fortes que l’effondrement solitaire et taciturne, empêchent que la Parole se tarisse. Chaque humain accroit à sa manière sa dignité en faisant face à l’adversité, en la dévisageant et en luttant contre elle.
Lors de sa Passion, Jésus, d’abord désemparé, dit sept paroles. Au pied de la Croix se tenaient trois femmes et un homme. Ils ne disent rien, compatissent. Ils voient le « juste » au rang des malfaiteurs. Ils ne fuient pas !
3 octobre 2012
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Job 19, 21-22