Je pense et je crois que l’être humain – et c’est aussi sa grandeur et sa beauté – est tous les jours en voie d’achèvement et de plénitude.
Il est fragile, vulnérable, sujet aux accidents de parcours. Les menaces qui pèsent sur lui ne sont pas illusoires. Il peut être blessé, connaître la grave maladie, se battre contre le handicap de naissance, être sujet de mille manières aux déséquilibres mentaux…
Il peut aussi être fragilisé par tous les systèmes réducteurs : le perfectionn-isme, l’individual-isme, l’irréal-isme, le despot-isme et tant d’autres « -ismes ».
L’être humain, dans sa somptuosité, sa gracieuseté et sa beauté, met tout en œuvre pour inventer au sein de la société, l’équilibre de son bonheur, de son épanouissement, de son amplitude, de sa suprême dignité. Il se construit progressivement le mieux possible dans sa liberté et sa vérité. Avec tous, il marche avec détermination vers sa « complétude ». Il contribue à organiser son entourage pour favoriser le bon développement de lui-même et de la société.
En fait, il ne guérit que s’il s’aime lui-même et si la sagesse domine dans son cœur et dans les dynamismes de sa psychologie. Guérir est peut-être une philosophie qui s’ouvre à l’infini tout étant terre à terre. Elle n’exclut pas la mort. Elle est trop réaliste et trop sage pour se laisser faire par plus fort qu’elle. Mais toute sa résolution intérieure se mobilise pour vivre en ayant recours à ceux et celles qui ont compétence et prennent soin de lui. La sagesse de la confiance l’habite.
Il n’en reste pas moins exposé aux mille incidents de parcours qui menacent de le réduire, de lui occasionner de fortes souffrances ou de le faire mourir. Il ne se tire des mauvais pas de la fatalité, de l’insuffisance, de la malchance, de la méchanceté des autres, que par l’action compétente et éclairée « des thérapeutes d’humanité », soignants de toutes catégories qui prennent soin de lui, le « sauvent » de la réduction mortifère et l’escortent jusqu’à son maximum personnel « de bien être ».
Je crois que? pour être « à plein » dans leur nature mortelle et dans la société imparfaite, les humains doivent sans cesse guérir et, pour cela, faire confiance à eux-mêmes et à ceux et celles qui prennent soin de chacun et de tous.
« Guérir » s’inscrit dans le « domaine ‘relecture’ » de la conscience. La guérison, dans le parcours de chacun, dépasse le cas de se ‘remettre’ d’une maladie grave. Tout être humain doit guérir, même s’il n’est pas malade. Il doit guérir de sa précarité et saisir à chaque instant la chance de nouveauté et de renouvellement. Échapper à la mort qui le frôle sans cesse réclame l’énergie d’une sagesse qui surgisse de la confiance en lui-même et de la confiance aux autres. Son équilibre est un ‘redressement quotidien’, pour renaître d’hier et affronter demain, se lever et aller courageusement et prendre les risques de l’initiative. Recommencer à vivre chaque jour mais plus tout à fait comme avant.
Je crois que le « bien mourir » est aussi une guérison.
Guérir est une expérience humaine qui, dans le temps, signifie l’effort collectif pour tenter de repousser la fatalité, pour acquérir les compétences qui rendent efficace, pour mutualiser les moyens de vivre le plus sereinement possible.
Je pense, que tout être humain doit guérir d’être humain, d’une manière ou d’une autre, pour acquérir sa plénitude. C’est là le fruit de la sagesse et d’une humble initiative qui ose frôler l’échec.
15 janvier 2021
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