Jeanine a une maîtrise de psychologie.
Après avoir connu l’horrible déchirement de voir mourir sous ses yeux son unique enfant électrocuté, elle a connu une phase de révolte et d’agressivité contre elle-même, contre les autres, contre la société.
Puis, il semble qu’elle ait découvert un autre chemin : celui de la tendresse pour les rejetés de la société. Ceux qui n’ont pas réussi, à qui tout a claqué dans les doigts. Les disgracieux qui sont en disgrâce, les hommes qui sont en « congés » d’affection.
Lentement, elle s’est approchée d’un homme vivant en ermite, dans des conditions rudimentaires, au sein d’une campagne retirée, dans une maison délabrée et sans aucun confort.
Ensemble, ils ont repris le goût de vivre :
Deux libertés sont en train de renaître au milieu du dérisoire teinté d’impossible, sous le regard narquois des voisins. Ils refont surface, chacun à leur manière ; ce sont deux pauvres battus différemment qui, sans trop se le dire, se dressent à nouveau pour vivre !
Jeanine, pour compléter les fins de mois et payer les échéances des prêts, va faire la vaisselle dans une auberge voisine. Elle travaille dur et personne ne sait qui elle est. Elle inquiète tout le monde. Tout le monde voudrait savoir qui est cette femme et d’où elle vient.
Son employeuse lui pose des questions : « Avez-vous fait des études ? » et elle répond : « J’ai fait tout ce qu’il fallait faire ! » et la femme de l’aubergiste pense : « Pauvre fille, elle doit venir de l’Assistance Publique mais elle garde son secret et sa liberté ». Elle échappe à la « curiosité » réductrice. Personne ne met la main sur elle !
Jeanine n’est apparemment pas chrétienne… ou ne l’est plus ! Mais elle me dit, très fortement, quelque chose de Jésus. Sous un certain aspect, elle vit comme lui. En se taisant, en faisant l’expérience de la solitude et de l’inconsolable dans un monde qui l’a bafouée, surgit en elle une liberté qui est lumière, non seulement pour sa propre conduite, mais pour ceux qui, de loin, la voient vivre.
18 mai 1978
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